Le musée national de Bosnie ferme ses portes faute d'argent

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/10/2012 à 09H58
Manifestation devant le musée national de Bosnie, obligé de fermer faute de financement

Manifestation devant le musée national de Bosnie, obligé de fermer faute de financement

© Amel Emric/AP/SIPA

Le Musée national de Bosnie-Herzégovine a fermé définitivement ses portes jeudi, les autorités n’ayant pas réussi à se mettre d’accord sur son financement. Le musée, situé dans le centre de Sarajevo, est vieux de 124 ans et a survécu à la chute de l’empire austro-hongrois, aux deux guerres mondiales et à l’éclatement de la Yougoslavie

"Une institution aussi complexe ne peut pas fonctionner de manière improvisée. L'argent pour les salaires des employés et les frais de  fonctionnement doit être versé par les autorités", a déclaré Adnan Busuladzic, directeur du plus ancien musée de Bosnie.

Le musée ne payait plus les salaires de ses quelques soixante employés depuis un an, a précisé son directeur lors d’une conférence de presse. L’institution a besoin de 60.000 euros par mois pour fonctionner, sans compter de nouveaux investissements nécessaires, a-t-il précisé.

Fondé en 1888, à l'époque où la Bosnie faisait partie de l'Empire austro-hongrois (1878-1914), le Musée national de Bosnie n'avait jamais cessé  de fonctionner depuis. "Ca ne s'est jamais produit en 124 ans d'existence", a  souligné Adnan Busuladzic, déplorant l'"indifférence" des autorités locales.

La direction accuse le gouvernement de négligence
La direction du musée a porté plainte devant un tribunal local contre le gouvernement bosnien, l'accusant de "négligence" à l'égard d'une institution d'Etat.

Une grande bâche a été installée sur la façade du musée, au-dessus de la porte d'entrée, avec l'inscription : « Le musée est fermé ».

"Ce qui se passe aujourd'hui, en 2012 et 17 ans après la guerre, est une humiliation, une honte et un péché", a déclaré l'historien Enver Imamovic, qui était directeur du musée pendant le siège de Sarajevo (1992-95). "Le Musée  national n'a jamais été fermé tout au long de la guerre", a-t-il souligné.

Plusieurs centaines d'étudiants ont manifesté devant le musée, avant de se diriger vers le siège du gouvernement, à proximité, pour y exprimer leur mécontentement et réclamer une solution pour le musée, qui abrite entre autres la célèbre Haggadah de Sarajevo, un manuscrit hébraïque enluminé du XIVe siècle.

Le financement des institutions culturelles n'est pas garanti
Le fragile gouvernement central n’a pas de ministre de la Culture et les deux régions autonomes considèrent que le musée n’est pas de leur ressort.

Les accords de Dayton, qui ont mis fin à la guerre de Bosnie en décembre 1995, ne précisent pas à qui revient la responsabilité financière des sept institutions culturelles majeures que se partagent Serbes, Musulmans et Croates de Bosnie.

Chaque année, celles-ci doivent demander une subvention de deux millions de dollars (1,54 million d'euros) au gouvernement central qui répartit cette somme entre les vingt musées, galeries et autres institutions culturelles.

La Bibliothèque nationale s'est vu couper le chauffage en janvier, en plein hiver. La Galerie d'art moderne a fermé au public ses collections permanentes en septembre 2011.