Le Musée de l'Homme rouvre ses portes avec trois questions fondamentales

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/10/2015 à 10H22
Les premières poteries du Néolithique, au Musée de l'Homme

Les premières poteries du Néolithique, au Musée de l'Homme

© photo Valérie Oddos / Culturebox

Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous ? Ce sont les trois questions que pose le Musée de l'homme qui a fait peau neuve et rouvre ses portes ce week-end place du Trocadéro sur de grands espaces aérés et clairs après 6 ans de travaux. Pendant trois jours il invite gratuitement le public à découvrir la nouvelle présentation de ses collections (samedi 17, dimanche 18 et lundi 19 octobre).

Bruno David, président du Muséum national d'Histoire naturelle, dont dépend le Musée de l'Homme, rappelle son histoire, de la création du musée d'ethnographie du Trocadéro à sa naissance en 1937 dans le Palais de Chaillot. Son fondateur, Paul Rivet, "avait une vision très universelle de l'humanité, indivisible dans l'espace et dans le temps".
 
"Aujourd'hui, on a un nouveau musée dont l'ambition est de concilier les principes d'origine, qui étaient le musée-laboratoire, avec la science du XXIe siècle et la muséographie d'aujourd'hui. C'est l'option qui a été choisie aujourd'hui et qui s'exprime par le fait qu'il y a beaucoup de chercheurs dans ce bâtiment", explique Bruno David. Et un balcon des sciences installé à la fin de la galerie de l'Homme "essaie d'amener la science qui se fait dans nos laboratoires au contact du public".
La "Dame de Cavillon" au Musée de l'Homme, datée d'environ -30.000 ans

La "Dame de Cavillon" au Musée de l'Homme, datée d'environ -30.000 ans

© photo Valérie Oddos / Culturebox


Un parcours permanent en trois questions

Le Musée de l'Homme se veut "un musée citoyen, qui renoue avec ses origines", d'où les trois premières journées d'ouverture gratuite, ajoute le président du Musée.
 
La "galerie de l'homme", parcours permanent du musée, décline trois questions.
 
- La première porte sur l'identité de l'homme : "Qui sommes-nous ?"
L'homme est un être de pensée, qui s'interroge sur lui-même, sur la nature et sur les esprits ou dieux. Un questionnement illustré aussi bien par des masques et des totems africains, un autel de la fête des morts mexicain plein de couleurs, un cerveau humain au milieu de ceux de plusieurs autres animaux.
 
Car, explique Evelyne Heyer, la commissaire générale du parcours permanent, le musée a voulu réinventer le discours sur l'homme "dans le contexte de l'avancée scientifique". Avant que le musée ferme, souligne-t-elle, "l'ethnologie, l'anthropologie biologique et la préhistoire étaient dans des endroits d'exposition complètement séparés, alors que dans le nouveau parcours les trois disciplines sont intégrées". Aujourd'hui on pense que "l'homme, pour être compris doit être compris dans sa globalité, en interaction du biologique et du culturel".
Le mur des langues du Musée de l'Homme

Le mur des langues du Musée de l'Homme

© photo Valérie Oddos / Culturebox


Un mur des langues

L'homme c'est aussi un être de parole. Grâce au langage, il raconte des histoires sur lui-même. Et les langues sont de forts marqueurs identitaires qui, comme les groupes humains, naissent, vivent, évoluent, déclinent. Des écrans interactifs tactiles complètent les vitrines, pour raconter les origines du langage, des langues.

Le musée à conçu un grand mur rouge, une des attractions de son parcours, où on peut tirer une trentaine de langues en résine pour écouter la musique d'autant de langues rares ou plus répandues, du tamoul et du cantonais au quechua, au breton et au yoruba.
 
- Deuxième question : d'où venons-nous ? "On peut parler du buissonnement de nos ancêtres, on n'est pas les héritiers d'une évolution linéaire, il y a eu des périodes de l'évolution où on a eu un foisonnement d'espèces, à l'époque des australopithèques et à l'époque des homo plus récemment. C'est une histoire complexe, tellement complexe qu'on ne sait pas exactement comment ça se passe. Longtemps on a tissé des liens entre les différents restes fossiles qu'on découvrait. Et plus on en a découvert plus on s'est rendu compte qu'on ne savait pas grand-chose et que c'était sans doute plus compliqué que ce qu'on pensait. Maintenant on est dans une phase de prudence. Dans les galeries on vous montre simplement la distribution temporelle des restes fossiles sans chercher à tisser des liens entre eux", raconte Bruno David.
Sur les pas des australopithèques au Musée de l'Homme

Sur les pas des australopithèques au Musée de l'Homme

© photo Valérie Oddos / Culturebox

Comment marchaient les australopithèques ?

Là, on va voir des crânes, des ossements de nos cousins les primates et des premiers hominidés qui ont vécu il y a quelque quatre millions d'années. La nature de certains est toujours discutée, comme celle de l'ardipithecus ramidis qui pourrait être un grand singe, un hominidé ou un ancêtre commun. Une vitrine montre la différence entre les mains des uns et des autres, à côté des premiers outils de pierre taillée qui datent d'il y a 3,3 millions d'années, tandis qu'un parcours de pas pourra faire sentir aux enfants comment marchaient les australopithèques.
 
Un foyer préhistorique reconstitué côtoie un moulage du site archéologique de Terra Amata (près de Nice) où on a trouvé les premières traces de la maîtrise du feu, avec une évocation olfactive pour raviver la sensation ancestrale qui a marqué notre histoire à tous.
 
Dans un recoin sombre, "l'abri des ancêtres", des restes d'homo sapiens et d'homo neanderthalensis sont exposés dans une vitrine, comme la tête originale de la "Dame de Cavillon" trouvée en 1872 et un moulage de son corps, et le fameux crâne du "vieillard" de Cro-Magnon, trouvé en 1868 en Dordogne et datant de 28.000 ans.
Sept régions du monde en -4000, au Musée de l'Homme

Sept régions du monde en -4000, au Musée de l'Homme

© photo Valérie Oddos / Culturebox


L'impact humain sur la nature, dès le Néolithique

Il y a 10.000 ans, au Néolithique, les hommes commencent à domestiquer les animaux et les végétaux, développent de nouvelles techniques comme la métallurgie et la céramique et se sédentarisent.
 
Le nouveau Musée de l'Homme a à cœur de replacer l'homme dans la nature et plus généralement dans son environnement, avec une question en particulier, celle de son impact sur la nature. Une question qui commence à se poser, justement, au Néolithique, un moment où il change son rapport à cette nature, souligne Evelyne Heyer. D'où l'importance qui est donnée à cette période dans le parcours.

Une installation faite de panneaux de feutres de différentes couleurs, ornés de motifs, symbolise cette époque charnière dans sept régions du monde, toutes engagées dans le Néolithique même si leurs situations sont diverses. Au Proche-Orient, le blé est domestiqué, on a des œuvres d'art et déjà un système urbain tandis qu'au Japon, on a des gros villages mais pas d'agriculture ni d'élevage, nous explique Jean-Denis Vigne, chercheur au CNRS et commissaire adjoint du parcours permanent.
Etuis de téléphones portables du monde, au Musée de l'Homme

Etuis de téléphones portables du monde, au Musée de l'Homme

© photo Valérie Oddos / Culturebox


Mondialisation et affirmation des traditions

"Ca peut être lu par les enfants et ça nous engage sur cette idée d'une unité et de la diversité de l'humanité. C'est comme une première mondialisation : toute l'humanité bascule dans un nouveau mode de vie", même s'il est différent dans différentes régions. C'est une transition aussi avec la troisième partie du parcours qui se pose la question du devenir de l'homme. L'étude de ces sociétés nous permettrait-elle de penser qu'il existe une manière d'aborder l'avenir de l'humanité de façon plus modeste, se demande-t-il.

-Troisième question, donc : où allons-nous ? Si la mondialisation tend à uniformiser les sociétés, elle permet aussi de réaffirmer des techniques et des traditions locales, comme le montre une collection d'étuis de téléphone portable des plus divers, des vanneries en plastique, des amulettes africaines qui intègrent des matériaux industriels et un bus sénégalais plein de peintures colorées.
Un bus sénégalais des années 1960 au Musée de l'Homme

Un bus sénégalais des années 1960 au Musée de l'Homme

© photo Valérie Oddos / Culturebox

Le balcon des sciences, lien entre les chercheurs et le public

Après le parcours permanent, le "balcon des sciences" a pour objectif de "montrer les travaux menés par les chercheurs, montrer comment la recherche se fait", nous explique Sylvie Le Bomin, maître de conférences et ethnomusicologue. Ils sont entre 150 et 200 chercheurs au Musée de l'Homme, sans oublier les autres métiers qui sont présentés sur un petit film : gestionnaires, responsables des collections. Sur des écrans interactifs, on découvre la géographie de la recherche ainsi que les différentes thématiques, comme cette recherche sur la toilette des bébés, qui montre comment "se construit la corporalité de l'individu". On voit comment les éléments matériels ou immatériels collectés sur le terrain sont décortiqués, étudiés, comment un chant traditionnel oral finit sur une portée.
 
De l'autre côté du balcon, un espace lié à l'actualité scientifique présente un "objet du mois", dans une vitrine à régulation thermique passive, qui ne consomme rien, très "développement durable". Aujourd'hui, COP 21 oblige, on peut y voir des chaussons et un bonnet des Samis, peuples du nord de l'Europe particulièrement frappés par les changements climatiques, explique Pierre Pénicaud, conservateur du patrimoine et co-concepteur du balcon des sciences avec Elsa Guerry.
 
Sur un écran, on peut lire des "brèves de science", de petits articles de 700 signes avec une photo, sur des découvertes récentes ou sur l'actualité scientifique liée aux travaux des chercheurs du musée. Sur un autre, des petits dossiers thématiques tourneront tous les trois quatre mois. En 2016, on verra un dossier sur l'ethnomusicologie, lié a un congrès, un autre sur la préhistoire en Corée, puisque c'est l'année de la Corée.

Hollande inaugure le Musée de l'Homme

Le président François Hollande a inauguré le 15 octobre le musée, où il a célébré "l'unité et la diversité" de l'espèce humaine et appelé à l'écoute et au "respect de chacun". Les collections du Musée de l'Homme, riche encore de 23.000 restes humains, "nous disent que nous descendons tous du même ancêtre, homo sapiens, même si ajourd'hui nous sommes tous différents".

Samedi 16 octobre, le public a pu enfin redécouvrir SON musée de l'Homme, gratuitement !
Musée de l'Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris
Tous les jours sauf le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
10h-18h, nocturne le mercredi jusqu'à 21h
Tarifs : 10€ / 8€
Ouverture au public à partir du samedi 17 octobre 2015