Le mécénat individuel, avenir du photojournalisme ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/09/2012 à 15H13
Accrochage à Perpignan de photos de Remi Ochlik, tué en Syrie

Accrochage à Perpignan de photos de Remi Ochlik, tué en Syrie

© Raymond Roig / AFP

Alors que la presse magazine passe de moins en moins de commandes, le photojournalisme pourrait être sauvé par le mécénat individuel via internet et les réseaux sociaux, baptisé "crowdfunding"

Le "crowdfunding" (financement de masse) a été lancé aux Etats-Unis, dans des domaines divers comme la production de cinéma ou la création d’entreprise. Le principe est simple : n’importe qui peut, via une plate-forme sur internet, devenir coproducteur d’un projet en offrant une somme d’argent allant de quelques euros à plusieurs milliers.

Depuis près de deux ans, le principe est appliqué au photojournalisme par plusieurs entrepreneurs du net. Il permet de participer, même modestement, au financement de grands reportages et suscite un réel intérêt des reporters réunis à Perpignan pour le festival Visa pour l’image.

Les sites de "crowdfunding" remplacent les magazines
"Ce projet est une réponse aux journaux qui disent ne plus avoir les moyens de financer du grand reportage et aux éditeurs qui ne veulent plus prendre le risque de publier des livres de photos qui ne sont pas ‘commerciales’",  explique Walter Tjantelé, directeur éditorial d'emphasis.is, pionnier du genre.

"Prenez part à l'histoire", affiche le site lancé l'an dernier. Les différents projets en cours de financement sont présentés par un petit film. On peut lire sur un compteur le montant souhaité, le total des fonds déjà récoltés, et le nombre de jours restant pour boucler la collecte.

Une douzaine de projets sur emphasis.is
Les initiateurs des projets sont invités à faire le buzz sur les réseaux  sociaux, sollicitant ainsi très facilement d'éventuels donateurs.

Les particuliers qui aident à financer les projets se verront offrir un accès privilégié au travail journalistique en cours (blog, sites…), des tirages originaux, un portfolio ou un exemplaire numéroté et signé du livre qui en résultera.

Les médias souscripteurs peuvent bénéficier d’une première publication. Le photographe conserve l’intégralité de ses droits et la plateforme prélève une commission.

En 2011, emphasis.is a recueilli au total 187.000 dollars, confiait en mars dernier Karim Ben Khelifa, photojournaliste et cofondateur du site au « Monde le la photo » (interview republiée sur photographie.com).

emphasis.is a publié "Révolutions" de Rémi Ochlik, tué en Syrie
Actuellement en ligne sur emphasis.is, on trouve une douzaine de projets, parmi lesquels un sujet sur les rites mortuaires à Manille. Le montant demandé est de 5050 dollars et il a attiré 70 mécènes. Un reportage au long cours avec un i-book à la clé sur le Sud Soudan, dernier-né des pays indépendants, a déjà recueilli 12.115 dollars de la part de 97 "mécènes".

Tous les sujets ne suscitent pas le même engouement : un projet de livre sur Poutine n’a recueilli que 455 dollars sur les 9000 escomptés. Ils sont sélectionnés par des experts qui se demandent : « Tel projet est-il faisable ? Le photographe a-t-il du talent ? A-t-il bien calculé les moyens dont il a besoin ? », explique Karim Ben Khelifa.

Chez emphasis.is, plusieurs livres ont déjà été publiés, notamment « Révolutions », un ouvrage rétrospectif du travail de Rémi Ochlik, jeune reporter tué en Syrie en février dernier.