Le Louvre ouvre ses nouveaux espaces dédiés à l'Islam : premières images

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/09/2012 à 17H19
Porche d'époque mamelouke (détail) Egypte, XVe siècle, Musée du Louvre, dépôt musée des Arts déco

Porche d'époque mamelouke (détail) Egypte, XVe siècle, Musée du Louvre, dépôt musée des Arts déco

© Musée du Louvre, dist. RMN / Hervé Lewandowski

Le président de la République François Hollande a inauguré mardi matin le nouveau département des Arts de l’Islam du Louvre, fruit de dix ans de travail. Il permettra d’exposer 3000 pièces dans un espace qui a triplé. L’ancien président Jacques Chirac, qui a initié le projet, a visité les nouvelles salles dimanche, en compagnie de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Le public pourra les découvrir à partir du samedi 22 septembre.

Le nouveau département des Arts de l’Islam est installé dans la cour Visconti du Louvre, près de la Seine, qui a été réaménagée par les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti. Il se déploie en rez-de-cour et en sous-sol. La cour a dû être excavée sur 12 mètres de profondeur. Au-dessus, un voile la couvre, composé de 2350 triangles de métal doré, comme une aile de libellule. « Nous avons voulu bâtir un voile léger, comme s’il était soutenu par le vent, un voile élégant et poétique qui filtre la lumière en permettant d’apercevoir les façades historiques », expliquait Mario Bellini en cours de chantier.

Angle de la cour Visconti, Musée du Louvre, Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti

Angle de la cour Visconti, Musée du Louvre, Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti

© M. Bellini – R. Ricciotti / Musée du Louvre © 2012 Musée du Louvre / Philippe Ruault
 

Une approche large et inclusive de l'Islam, comme civilisation
Dans sa présentation des arts de l’Islam, le Louvre a voulu « mettre en avant une approche large et inclusive qui rassemble des mondes très divers (andalou, mamelouk, ottoman, persan), indique le président-directeur du musée Henri Loyrette dans la préface du catalogue.

Pour le Louvre, « il s'agit de montrer l'Islam, avec un grand I. En langue française, cela désigne la civilisation. Le propos n'est pas de se centrer exclusivement sur l'islam avec un petit i, qui désigne la sphère religieuse », indique Sophie Makariou, directrice du département.

L'art de tous ceux qui ont fait le monde islamique
« Le mot Islam, il faut l'assumer, lui redonner sa grandeur, il faut le porter, il ne faut pas le laisser aux djihadistes", martèle depuis des mois Sophie Makariou.

« L'art islamique, ce n'est pas seulement l'art des communautés musulmanes. C'est l'art de tous ceux qui ont fait le monde islamique et là-dedans, il y avait des chrétiens et des juifs", déclare-t-elle. Elle a voulu faire un sort à une vision trop simpliste de cette civilisation. Dans le choix d’œuvres exposées, elle a glissé quelques représentations humaines et une coupe à  vin en jade, l'alcool étant toléré par le soufisme. C'est un monde "complexe", fait de "mosaïques religieuses y compris au sein de l'islam, de mosaïques linguistiques, de mosaïques ethniques", souligne-t-elle.

Une collection ancienne qui trouve toute sa place
La collection des Arts de l’Islam du Louvre est ancienne. Elle a connu des moments d’enthousiasme, à la fin du XIXe et au début du XXe, notamment. Et des périodes de moindre intérêt, dans les années 1960-1970. En 1993, elle a obtenu 800 m2 de surface d’exposition, dans le cadre du Grand Louvre. En 2003 elle devient un département à part entière dans le musée. Avec ses nouveaux espaces, elle triple ses surfaces.

La collection du Louvre s’est enrichie de dépôts des Arts décoratifs et comprend aujourd’hui 18.000 pièces. 3000 vont pouvoir être exposées. Elles couvrent une période de douze siècles (du VIIe au XVIIIe) et une zone géographique qui va de l’Espagne à l’Inde.

Le rez-de-cour, baigné de lumière naturelle, accueille les pièces du VIIe au XIe siècle. Le sous-sol présente celles du XIe à la fin du XVIIIe dans un écrin de béton noir. Les deux niveaux sont reliés par un escalier monolithe de béton noir lui aussi.

Mur ottoman ou mur du temps (détail), mur de céramique ottomane reconstitué au Louvre, Turquie, XVIe-XIXe siècles

Mur ottoman ou mur du temps (détail), mur de céramique ottomane reconstitué au Louvre, Turquie, XVIe-XIXe siècles

© Musée du Louvre, dist. RMN / Raphaël Chipault
 

La reconnaissance d'une civilisation
Parmi les pièces phares, on peut citer le «Baptistère de Saint Louis », qui a servi à baptiser Louis XIII. Ce bassin mamelouk en cuivre incrusté d’or et d’argent a été réalisé au XIVe siècle en Egypte ou en Syrie. Il fait partie de la collection depuis 1793, comme l’Aiguière du trésor de Saint-Denis, un vase de cristal de roche sculpté en Egypte vers 1100 et provenant de la cour des califes fatimides.

Ou le lion de Monzon, bouche de fontaine réalisée en Espagne au XIIe ou au XIIIe siècle. Un porche égyptien du XVe siècle, qui dormait en pièces détachées dans des caisses depuis plus d’un siècle, a été remonté. Et un mur de céramique ottomane a été reconstitué : sur douze mètres de long, plus de 570 carreaux colorés au décor raffiné ont été assemblés comme un puzzle.

Avec ce nouveau département, qui balaie douze siècles d’histoire, « on rend enfin à cette civilisation de l’Islam la place qu’elle mérite au sein des collections du Louvre », résume Henri Loyrette. « C’est la reconnaissance d’une civilisation dans sa diversité, du rôle qu’elle a joué en irriguant dans un va-et-vient constant le monde occidentale », ajoute-t-il.

Bassin dit « Baptistère de Saint Louis » Égypte ou Syrie, première moitié du XIVe siècle, Musée du Louvre

Bassin dit « Baptistère de Saint Louis » Égypte ou Syrie, première moitié du XIVe siècle, Musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN /Hughes Dubois
 

Nouveaux espaces du département des Arts de l'Islam, Musée du Louvre, ouvert au public à partir du 22 septembre