La vie violente de Pier Paolo Pasolini racontée à Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/04/2016 à 10H40
Pier Paolo Pasolini, Rome (1969)

Pier Paolo Pasolini, Rome (1969)

© BM Lyon, fonds Michel Chomarat

40 ans après son assassinat, la Bibliothèque municipale de Lyon rend hommage à l'un des plus grands poètes, écrivains et réalisateurs italiens du 20e siècle. À travers de nombreux documents inédits, l'exposition "Pasolini, una vita violenta" apporte un nouvel éclairage sur la vie et l'œuvre d'un artiste complexe, à la fois sulfureux et empreint de spiritualité.

Affiche expo pasolini © Stéphanie Loeb
"Une vie violente" est le titre d'un roman de Pasolini publié en 1959. C'est aussi celui de l'expo présentée à Lyon. Car la vie de l'artiste italien a été marquée par la violence : un père militaire fasciste proche de Mussolini, un frère résistant assassiné à l'âge de 20 ans et une existence rythmée par les scandales et les procès qui surgissaient quasiment à chacun de ses films ou de ses livres. Jusqu'à sa mort, terrible, à Ostia, près de Rome, une nuit de novembre 1975. 

Le scabreux et le sacré

Mais dans la vie de Pasolini, le scabreux et le sulfureux ont côtoyé le sacré et l'absolu. Car l'artiste, pourtant très engagé à gauche, était en quête permanente de spiritualité. "En tant que marxiste, je vois le monde sous un angle sacré", écrivait-il. Il a d'ailleurs reçu à deux reprises le grand prix de l'Office catholique du cinéma pour "L'évangile selon Saint-Matthieu" et (beaucoup plus étonnant !) pour "Théorème". La plupart de ses films sont également accompagnés de musique sacrée. 
Affiche Théorème © Stéphanie Loeb

Chemin de Croix

En mêlant tous ces aspects de la personnalité de Pasolini, Michel Chomarat, le commissaire de l'exposition, a souhaité faire un parallèle audacieux avec le Christ. Pour lui, Pasolini est la figure emblématique de l'homme blessé, vilipendé, humilié, trahi, mais qui s'est chaque fois relevé, pour finalement succomber sous les coups. Il a donc conçu l'expo comme un Chemin de Croix composé de 14 stations correspondant à 14 moments-clés du cinéaste.

Pour le visiteur, la station la plus marquante est sans conteste la dernière qui évoque l'assassinat de l'artiste maudit.

À la question "qui a tué Pasolini ?", je réponds Pier Paolo Pasolini ! Car finalement, c'était la chronique d'une mort annoncée.

Michel Chomarat
Commissaire de l'exposition

La découverte du corps de Pier Paolo Pasolini le 2 novembre 1975 à Ostia

La découverte du corps de Pier Paolo Pasolini le 2 novembre 1975 à Ostia

© BM Lyon, fonds Michel Chomarat
Pour monter l'exposition, Michel Chomarat s'est rendu sur tous les lieux qui ont jalonné l'existence de l'artiste, et notamment à l'endroit où il a été tué, dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975. Un terrain vague sordide à Ostia, une station balnéaire proche de Rome. Peu de temps avant sa mort, Pasolini se fait voler plusieurs bobines du dernier film qu'il est en train de monter, le très controversé "Salo ou les 120 journées de Sodome", dans lequel il détourne Sade pour régler ses comptes avec la société italienne fasciste.

Le guet-apens d'Ostia

Un jeune prostitué de 17 ans, Giuseppe Pelosi, l'appelle en lui disant qu'il peut l'aider à retrouver les bobines... et plus si affinités ! Pasolini, homosexuel et habitué aux amours tarifées, ne résiste pas à la tentation. En fait, le jeune voyou aurait servi d'appât en attirant le cinéaste dans un guet-apens.
journal assassinat Pasolini © Stéphanie Loeb
Dans ce fameux terrain vague d'Ostia qui jouxte une décharge en plein air -lieu glauque par excellence- Pasolini est sauvagement tabassé, sans doute par plusieurs individus, avant de se faire rouler dessus à plusieurs reprises par une voiture. Crime crapuleux ? Assassinat politique ou mafieux ? 40 ans après les faits, le mystère demeure.
Pier Paolo Pasolini sur le tournage de "Salo ou les 120 journées de Sodome"

Pier Paolo Pasolini sur le tournage de "Salo ou les 120 journées de Sodome"

© BM Lyon, fonds Michel Chomarat
Selon Michel Chomarat, le vol des bobines de "Salo ou les 120 journées de Sodome" est directement lié à sa mort : on voulait l'empêcher coûte que coûte de sortir ce film. Il aurait donc été tué car il dérangeait, en incarnant la mauvaise conscience de l'Italie. 
Affiche salo © BM Lyon, fonds Michel Chomarat

N'importe quelle société aurait été heureuse de compter Pasolini dans ses rangs. Nous avons perdu avant tout un poète. Et de poètes, il n'y en a pas tant que ça dans le monde. Il n'en naît que trois ou quatre en un siècle. Quand ce siècle sera achevé, Pasolini sera l'un des très rares qui compteront comme poète. Un poète devrait être sacré [...] Cette image qui me poursuit de Pasolini qui fuit en courant quelque chose qui n'a pas de visage, et qui est ce qui l'a tué, est une image symbolique de notre pays, c'est une image qui doit nous pousser à améliorer notre pays, comme Pasolini lui-même l'aurait voulu.

Alberto Moravia, oraison funèbre aux funérailles de Pier Paolo Pasolini à Rome, le 5 novembre 1975

Le "Jean Genet italien", comme l'appelait son ami Alberto Moravia, est mort comme il avait vécu : dans la violence. Mais son œuvre reste. Forte, exigeante, dérangeante.

"Je souhaiterais qu'il y ait un peu plus de Pasolinis aujourd'hui", regrette Michel Chomarat. Son exposition lui rend en tout cas un hommage passionnant. 

pier paolo © BM Lyon, fonds Michel Chomarat

Pasolini, una vita violenta
Jusqu'au 10 août 2016 à la 
Bibliothèque municipale de Lyon
30 boulevard Marius Vivier Merle
69003 Lyon