"La télévision en marche", retour sur les années ORTF à Pessac

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/12/2011 à 16H05
L'ORTF,  symbole de la télé des années 60

L'ORTF, symbole de la télé des années 60

© DR

C'est une plongée dans l'histoire de l'audiovisuel français que propose jusqu'au 30 décembre 2011 la Médiathèque Jacques Ellul de Pessac en Gironde. L'exposition "La télévision en marche !" rassemble en effet des objets et des images cultes de la télé des années 60, à l'époque où celle-ci s'appellait l'ORTF. Organisée dans le cadre du 22ème Festival International du Film d'Histoire de Pessac, elle rappelle aussi le rôle qu'a pu jouer la télévision dans la conquête du pouvoir.

ORTF. Office de radiodiffusion télévision française. Pour la plupart des Français (ceux qui ont dépassé la quarantaine en tout cas), la seule évocation de ces mots suffit à faire défiler des noms d'émissions ou de programmes devenus cultes : 5 colonnes à la Une, Les Shadoks, Bonne nuit les petits, Thierry la Fronde, Discorama, Le mot le plus long... L'évocation s'accompagne toujours d'une certaine nostalgie. Et pourtant, l'ORTF est aussi devenu une référence péjorative, le symbole d'une télévision à laquelle personne ne veut revenir. Pour preuve, cette réponse de Christine Albanel, alors ministre de la culture et de la communication, interrogée par le Monde en octobre 2007 sur une possible fusion des chaînes de France Télévision : " Je n'y suis pas favorable dans l'immédiat. On ne va pas revenir à l'ORTF". Cet Office de radiodiffusion télévision française n'aura vécu qu'une décennie (1964-1974) mais il aura marqué les esprits. Il représente les débuts du média "de masse" mais aussi la traduction évidente des rapports entre la télévision et le pouvoir politique.


Un peu d'histoire

L'ORTF est né en juin 1964 sur les cendres de la RTF, Radio Télévision Française. Créée en 1949, la RTF était placée sous contrôle direct de l'Etat qui possédait alors le monopole sur les ondes nationales. Le ministre de l'Information, Alain Peyrefitte, dira d'ailleurs que "La RTF, c'est le gouvernement dans la salle à manger des français !". C'est sous la RTF que le premier journal télévisé mais aussi la redevance verront le jour. La loi de 1964 qui crée l'ORTF veut donner plus d'autonomie et "satisfaire les besoins d'information, de culture, d'éducation et de distraction du public".

Les progrès techniques vont permettre de proposer des programmes innovants mais malgré tout, l'esprit de cette télévision reste marqué par le monopole d'état. La part d'autonomie laissé à l'ORTF est contrecarrée par le SLII, le Service de Liaison Interministérielle de l'Information créée en 1963, véritable censeur qui contrôle les journaux télévisés et les rédactions. C'est durant cette période que la deuxième chaîne de télévision passera du blanc à la couleur (1967) et que les premières publicités seront diffusées sur la Première chaîne (1968). La chaîne régionale verra quant à elle le jour directement en couleur en décembre 1972.

Cette année là, le statut de l'Office est modifié. Parmi les changements, la nomination du président directeur général par le Conseil des ministres. S'ensuit une crise et une baisse d'audience qui conduiront au démantèlement de l'ORTF le 31 décembre 1974. Sept sociétés indépendantes verront le jour. Parmi elles, la Télévision Française 1, Antenne 2 et France-Régions 3. Cet éclatement devait permettre de créer une télévision décentralisée, libérée du pouvoir officiel. 

Trente-sept ans plus tard, la question de l'indépendance des grandes chaînes fait toujours débat. Une polémique qui a ressurgi lorsque le Chef de l'Etat a annoncé sa volonté de nommer lui-même le président de France Télévisions. Les adversaires de cette décision ont parlé d'un rétablissement des mœurs de l'ORTF. Ses partisans préfèrent y voir la fin de l'hypocrisie des rapports entre pouvoir et politique. Décidément, l'acronyme ORTF reste synonyme de débats passionnés.