La France va restituer sept tableaux spoliés à des juifs pendant la guerre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/02/2013 à 12H16
Cette représentation de Saint-François de Paul est l'une des sept toiles qui vont être restituées

Cette représentation de Saint-François de Paul est l'une des sept toiles qui vont être restituées

© France 2/Culturebox

La France s'apprête à rendre sept tableaux spoliés pendant la seconde guerre mondiale à deux familles juives. Il s’agit de peintures classiques, hollandaises, italiennes ou allemandes, actuellement conservées au Louvre à Paris, à Tours, Agen et Saint-Etienne. Hitler voulait les exposer dans un musée qu’il aurait créé dans sa ville natale de Linz en Autriche.

 

Sept toiles d’Alessandro Longhi, Sebastiano Ricci, Gaspare Diziani, Salvator Francesco Fontebasso, Gaetano Gandolfi, François-Charles Palko et Pieter Jansz van Asch… Ces œuvres d’art ont été retrouvées par les Alliés en Allemagne à la Libération puis renvoyées en France, mais leurs propriétaires n’avaient jusqu’alors jamais pu être identifiés. Grâce au travail minutieux d’historiens et d’organismes tels que la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliation, elles vont pouvoir être restituées aux descendants de ceux qui ont été spoliés de leurs biens, il y a plus de 70 ans…

Reportage France 2 : N. Lemarignier, D. Wolfromm, B. Juneaux, F. Faure, J-F. Monier, M. Dreujou, P. Morand, P. Goldmann.    
A la fin de la seconde guerre mondiale, certaines des nombreuses œuvres renvoyées en France ont été rapidement restituées à leurs propriétaires spoliés. D'autres ont été vendues par les Domaines. D'autres encore (deux mille environ) ont été confiées à la garde des musées nationaux. Les sept tableaux qui vont être rendus à leurs propriétaires légitimes en font partie, ils étaient classés sous le sigle MNR : "Musées Nationaux Récupération".

Le muséee d'Art moderne de Saint-Etienne va restituer "Abraham et les 3 anges" de Sebastiano Ricci

Reportage: Liz raffier, François Coudert, Lise-Marie Sage
 L'annonce de cette restitution intervient alors que le Mémorial de la Shoah consacre une exposition à la spoliation des biens juifs (jusqu'au 29 septembre 2013).

Une exposition sur la "spoliation des Juifs" au Mémorial de la Shoah à Paris

Dans sa nouvelle exposition consacrée à "La spoliation des Juifs: une politique d'Etat (1940-1944)", le Mémorial de la Shoah à Paris retrace le processus d'"aryanisation" né en Allemagne et qui devait s'étendre à l'Europe entière. Dès la prise du pouvoir en 1933, les nazis jettent les bases de cette politique de dépossession des entreprises appartenant aux Juifs, comme en témoignent les photos d'archives, montrant des commerces "avant" et "après". "Avant", c'est par exemple le portrait d'Avram Perl, posant fièrement devant la devanture de sa parfumerie à Bucarest. "Après", c'est la photo de la même boutique, mais totalement saccagée, dans le pogrom du 21 au 23 janvier 1941. Partout, à Trieste, à Bruxelles, des affiches infâmantes sont placardées visant les sociétés appartenant à des Juifs : "Entreprise juive", "Fermé pour toujours, magasin juif", tandis que d'autres préviennent : "Etablissement interdit aux israélites". 

La spoliation systématique des Juifs de leurs entreprises et de leurs biens est engagée dès 1941 sur l'ensemble du territoire français, sous la houlette du Commissariat général aux questions juives (CGQJ). Une politique d'Etat délibérée : de l'identification des Juifs et de leurs biens jusqu'à l'"aryanisation", ou leur "décontamination" de ces derniers par leur vente ou leur liquidation, le processus administratif mis en place est d'une redoutable efficacité. Sur les murs fleurissent les avis de mise aux enchères : "Vente de bien juif, Villa Rachel Baïta, sise à Saint-Jean-de-Luz", lit-on, entre autres.

En France, la recherche des "biens juifs" s'intensifie sous l'action de la police aux questions juives créée début 1942. Près de 20.000 personnes font fonction d'"administrateurs provisoires", disposant de tous droits sur les biens qui leur ont été confiés. Si certains gèrent ces biens "en bon père de famille", d'autres, dénués de tout scrupule, y voient la possibilité de bâtir une carrière, quand d'autres encore détournent les fonds à leur profit. L'exposition, basée sur un grand nombre de documents d'archives, éclaire d'un jour cru l'une des périodes les moins glorieuses de la France: celles des "pogroms blancs", c'est-à-dire de la lutte économique contre les Juifs.


"La spoliation des Juifs: une politique d'Etat"
du 30 janvier au 29 septembre 2012
Mémorial de la Shoah, 17, rue Geoffroy-L'Asnier, Paris 4ème
Tél : 01 42 77 44 72