La Française Laure Prouvost remporte le Turner Prize

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/12/2013 à 09H11
Laure Prouvost devant son installation vidéo "Wantee", Turner Prize 2013 (Derry, 2 décembre)

Laure Prouvost devant son installation vidéo "Wantee", Turner Prize 2013 (Derry, 2 décembre)

© Peter Muhly / AFP

La Française Laure Prouvost, qui faisait figure d’outsider, a remporté lundi soir le prestigieux Turner Prize d’art contemporain pour une installation vidéo sur un grand-père fictif.

"Merci d'avoir sélectionné une Française", a déclaré la jeune femme de 35 ans, visiblement surprise et émue, en recevant son prix des mains de l'actrice irlandaise Saoirse Ronan, lors d'une cérémonie à Derry (Irlande du Nord). "Je ne m'y attendais absoluement pas", a-t-elle dit.
 
"Je me sens adoptée par le Royaume-Uni", a ajouté Laure Prouvost, qui vit à Londres depuis près de quinze ans. Après lui avoir remis le prix, Saoirse Ronan est revenue sur la scène avec le bébé de l'artiste dans les bras devant une salle médusée.    
 
"Wantee", une vidéo sur un grand-père imaginaire
Le Turner  Prize, créé en 1984, récompense chaque année un artiste de moins de 50 ans, qui réside, travaille ou est né au Royaume-Uni, pour une exposition  récente. Le vainqueur reçoit 25.000 livres (30.000 euros).
 
Laure Prouvost avait été sélectionnée pour son oeuvre "Wantee", présentée dans le cadre d'une exposition sur l'artiste allemand Kurt Schwitters à la Tate Britain. Le titre de la vidéo, qui s'ouvre avec la question "Would you like some tea?" ("Voulez-vous du thé?"), est une référence à la compagne de Schwitters,  surnommée "Wantee" ("want tea?") pour son habitude de proposer du thé. L’oeuvre raconte l’histoire d’un grand-père imaginaire qui creuse un tunnel en Afrique avant d’y disparaître.
 
Le jury a rendu hommage au "travail exceptionnel" de Laure Prouvost qui combine images et objets. "Construit à partir de souvenirs personnels, il mêle les faits, la fiction, l'histoire de l'art et les technologies modernes", ont souligné les organisateurs dans un communiqué.
 
La vidéo récompensée pour la deuxième fois
"En utilisant la vidéo d'une façon complètement contemporaine, elle emmène les spectateurs dans un monde intérieur", a salué le jury, qui "a trouvé l'installation étonnamment émouvante".
 
Elle a aussi été remarquée pour une installation à la Whitechapel Gallery à Londres, mélangeant collages de peintures, de dessins, et vidéos sur le thème de la nature, faisant apparaître des oiseaux, une cascade, des framboises, afin de retranscrire "la sensation, le goût du soleil". Laure Prouvost l'avait réalisée après avoir reçu le Max Mara Art Prize for Women qui lui a permis d'être en résidence pendant plusieurs mois en Italie.
 
Née à Croix près de Lille, dans le nord de la France, Laure Prouvost a été formée au Goldsmiths College et à la Central St Martins de Londres.
 
C'est la deuxième année consécutive que le prix va à une artiste utilisant la vidéo, après la consécration en 2012 de la Britannique Elizabeth Price.
 
Le mannequin qui urine de David Shrigley n’a finalement pas convaincu le jury
La Française l'a emporté face aux trois autres artistes en lice, dont le favori des bookmakers, David Shrigley. Mais aussi Tino Sehgal et Lynette Yiadom-Boakye, deux concurrents qui étaient les favoris des experts du milieu de l'art contemporain, selon la BBC.
 
A Derry, où le travail des nominés était exposé, David Shrigley présentait une installation participative invitant le public à dessiner un gigantesque garçon-robot nu, urinant de temps en temps dans un seau en métal. L'installation avait fait grincer des dents dans la deuxième ville  d'Irlande du Nord, capitale britannique de la Culture cette année, certains instituteurs la jugeant trop choquante pour emmener leurs élèves la voir.
 
Lynette Yiadom-Boakye, Londonienne d'origine ghanéenne, était la seule artiste noire à être nominée pour le Turner  Prize et la seule artiste peintre sélectionnée cette année.
 
L'artiste germano-britannique Tino Sehgal, était en lice pour ses performances faites de rencontres et de discussions entre volontaires et spectateurs organisées à la Tate Modern en 2012.
 
Le Turner  Prize, qui est souvent entouré de controverses, compte parmi ses anciens lauréats des iconoclastes comme Damien Hirst et Anish Kapoor. C'est la première fois qu'il était attribué en dehors de l'Angleterre.