La 55e Biennale de Venise, entre le chaos et l'universel

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/05/2013 à 15H31
Une installation de Lara Almarcegui au pavillon espagnol de la 55e Biennale de Venise (29 mai 2013)

Une installation de Lara Almarcegui au pavillon espagnol de la 55e Biennale de Venise (29 mai 2013)

© Gabriel Bouys / AFP

C’est un "Palais encyclopédique" qu’a voulu construire la 55e Biennale d’art de Venise. C’est pourtant souvent un monde sans pitié fait d’argent roi, de vacarme et de scènes de destruction qu’elle donne à voir. La grande manifestation artistique a ouvert ses portes samedi, avec un nombre record de 88 pavillons nationaux dont pour la première fois le Saint-Siège (jusqu’au 24 novembre 2013).

Une pluie de pièces d’or accueille le public au pavillon russe, qui fournit des parapluies aux dames, tandis que les messieurs, confinés à l’étage, doivent rester spectateurs, à genoux sur des prie-Dieu.
 
"Messieurs, le temps est venu de confesser notre impolitesse, notre narcissisme, notre fausseté, notre banalité...", sermonne sur un mur l'artiste, Vadim Zakharov, qui a baptisé son oeuvre "Danaë".
The Workshop, une installation de Gilad Ratman au pavillon israélien de la 55e Biennale d'art de Venise (29 mai 2013)

The Workshop, une installation de Gilad Ratman au pavillon israélien de la 55e Biennale d'art de Venise (29 mai 2013)

© Gabriel Bouys / AFP
 
"Ce qui est masculin peut tomber seulement du haut, sous la forme de pluie dorée. Le rez-de-chaussée (réservé aux femmes, ndlr) est un ventre, gardien de la tranquillité du savoir et de la mémoire", explique l’artiste.
 
Le chaos au pavillon espagnol
Au pavillon espagnol, spectacle de désolation : une jeune artiste, Lara Almarcegui, a envahi l'espace central de 500 m3 de gravats : briques, ciment, verre et terre... Ce grand amas évoque un tremblement de terre plutôt qu’une galerie d'art.

Un peu plus loin, l'artiste israélien Gilad Ratman inonde l'espace de sons et de vidéos dominés par un lancinant cri primal aux limites de l'assourdissant qui vient percer la pénombre des lieux. Le Venezuela a pour sa part parié sur "L'art urbain. Une esthétique de la subversion".
 
La France, qui a échangé son pavillon avec l'Allemagne pour fêter les 50 ans du Traité de l'Elysée, propose une installation vidéo d'Anri Sala, intitulée "Ravel Ravel Unravel" et inspirée du Concerto pour la main gauche en ré majeur de Maurice Ravel.
 
Le Palais encyclopédique, rêve d'un savoir universel
Au pavillon suisse, Valentin Carron expose des installations et ready-made unis par un fil conducteur : une sculpture de serpent à deux têtes en fer forgé qui passe de pièce en pièce. Pour le commissaire du lieu, Giovanni Carmine, cette oeuvre est "un discours élégant sur la difficulté de définir la sculpture".
 
Une manière comme une autre de participer au thème général de la biennale proposé par le commissaire de la manifestation, l'Italien Massimiliano Gioni : "Le palais encyclopédique".
 
Ce thème ambitieux fait l'objet d'une grande exposition dans l'ex-arsenal de la Sérénissime, où sont réunies 4.500 oeuvres réalisées par 158 artistes de 37 pays.
 
Dix nouveaux pays
A l'entrée, trône une grande maquette signée de l'artiste autodidacte italo-américain Marino Auriti, qui projeta en 1955 un musée imaginaire de 136 étages destiné à abriter tout le savoir de l'humanité. Tout un programme. "L'entreprise n'eut pas de suite, mais le rêve d'un savoir universel  traverse l'Histoire", remarque Massimiliano Gioni.
 
Un caractère universel vers lequel tend également la biennale, qui accueille cette année dix nouveaux pays : outre le Saint-Siège, l'Angola, les Bahamas, le Bahrein, la Côte d'Ivoire, le Kosovo, le Koweit, les Maldives, le Paraguay et les îles Tuvalu.
 
Un moyen pour ces pays d'accéder à la vitrine exceptionnelle que représente la manifestation vénitienne. La Biennale attend pour cette édition quelque 500.000 visiteurs durant ses six mois d'ouverture.
 
Biennale de Venise, "Le Palais encyclopédique", jusqu’au 24 novembre