L'Europe des esprits à Strasbourg

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/12/2011 à 10H35
Paul-Elie Ranson, Les Sorcières autour du feu, 1891 Paul-Elie Ranson, Les Sorcières autour du feu, 1891

Paul-Elie Ranson, Les Sorcières autour du feu, 1891 Paul-Elie Ranson, Les Sorcières autour du feu, 1891

© Saint-Germain-en-Laye, Musée Départemental Maurice Denis « Le Prieuré ». Crédit : Y. Tribes

Loin de disparaître avec l'avènement des Lumières, l’intérêt pour le merveilleux, le surnaturel et l'ésotérisme a nourri du XVIIIe au XXe siècle le travail de nombreux écrivains, artistes et même de scientifiques. Une exposition monstre se penche à Strasbourg sur « l’Europe des esprits » et « la fascination de l’occulte", de 1750 à 1950

Sorcières et chimères, expériences spirites, architectures extraterrestres, séances médiumniques, Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg montre la survivance et l'épanouissement, à l'ombre du rationalisme, d'une inspiration et de motifs liés à l'exploration des mondes invisibles.

"Avec ses authentiques chercheurs, ses illuminés et ses charlatans, cette époque (des Lumières, ndlr), qui commençait à échapper au contrôle rassurant des religions en place, a développé une inquiétude et une fascination pour ce qui lui était incompréhensible et pour un au-delà depuis toujours conjectural",  souligne dans le catalogue l'historien d'art Serge Fauchereau, commissaire  général de l'exposition avec la directrice des Musées de Strasbourg Joëlle Pijaudier-Cabot.

Pluridisciplinaire, l’exposition rassemble en trois volets quelque 500 oeuvres, 150 objets scientifiques et 150 livres rares.

L'Illustration, journal universel. 7 et 14 mai 1853

L'Illustration, journal universel. 7 et 14 mai 1853

© Paris, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Photo : D.R.

L'art et la littérature à la lumière de l'obscur
Elle aborde d’abord la relation des arts et de la littérature avec l'irrationnel et l'obscur, depuis les tourments romantiques jusqu'aux expériences d'écriture automatique des surréalistes, en passant par  les symbolistes et les pères de l'abstraction, fortement influencés par le  spiritisme, la théosophie et l'anthroposophie.

Des chefs-d'oeuvre comme les "Caprices" de Goya ou les gravures de William Blake, côtoient des pièces plus rares, en provenance de toute l'Europe: par exemple, le cycle du "Zodiaque" du peintre et musicien lituanien Mikalojus Ciurlionis, ou les visions hallucinées de la médium suisse Elise Müller.

Victor Hugo faisait tourner les tables. Le XIXe siècle est une grande époque pour les fées, les démons, les vampires, les esprits, les possessions. Symbolistes et Nabis se sont passionnés pour l’occulte. De nombreuses disciplines, architecture, danse, musique, photo, cinéma, s’intéressent à l’irrationnel. La théosophie a notamment rassemblé Piet Mondrian ou Theo Van Doesburg, comme Kandinsky ou Arp.

L'exposition met en lumière l'influence déterminante de l'ésotérisme jusque dans le temple du rationalisme et de la fonctionnalité que fut le Bauhaus.

Victor Brauner, Chimère, 1939, huile sur toile, Strasbourg, Musée d'Art moderne et contemporain

Victor Brauner, Chimère, 1939, huile sur toile, Strasbourg, Musée d'Art moderne et contemporain

© Photo : M. Bertola / Musées de Strasbourg © ADAGP Paris, 2011

L'ésotérisme dans les textes et dans les expériences scientifiques
Elle présente aussi les éditions originales des textes majeurs de la  tradition ésotérique. Puis elle s’intéresse aux liaisons improbables entre science et occultisme, à une époque où on découvre des phénomènes physiques qui ne sont pas encore complètement expliqués, comme l’électricité, les rayons X. Le visiteur découvre avec surprise l'intérêt suscité par le spiritisme auprès d'éminents chercheurs, dont Pierre Curie.

Cet intérêt est illustré par des instruments originaux utilisés à l’époque par les scientifiques pour tenter de mesurer les phénomènes inexpliqués.

De nombreuses pièces exposées proviennent du fonds de la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg (qui comptent une section  sur l'occultisme), du Cabinet des estampes et des dessins des musées de la  ville, de son Musée zoologique et du Jardin des sciences de l'Université.

La capitale alsacienne a été, en effet, une terre de prédilection des pensées  mystiques et ésotériques, accueillant ou voyant naître le comte de Cagliostro, l’écrivain mystique Edouard Schuré ou Jean Arp. "Le projet de l'exposition est née très simplement  en lien avec l'histoire de Strasbourg", explique Joëlle Pijaudier-Cabot.

L’Europe des esprits ou la fascination de l’occulte, 1750-1950, Musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg, 1 place Hans Jean Arp, Strasbourg
Tous les jours sauf lundi
Mardi, mercredi et vendredi : 11h-19h
Jeudi : 11h-21h
Samedi et dimanche : 10h-18h
Tarifs : 10€ / 5€
Jusqu’au 12 février