L’art après la guerre à Benghazi

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/09/2012 à 11H17
Une sculpture faite de débris militaires, exposée à Benghazi (septembre 2012)

Une sculpture faite de débris militaires, exposée à Benghazi (septembre 2012)

© Abdullah Doma / AFP

Un an après la chute du régime Kadhafi, l’art s’épanouit à Benghazi, sur les murs calcinés d’un ancien palais royal, où des artistes libyens ont improvisé une galerie

Des douilles et des ressorts métalliques dessinent des silhouettes de soldats dans la cour de ce qui fut un palais du roi Idriss Ier, renversé par Mouammar Kadhafi en 1969.

Située sur le front de mer de la deuxième ville de Libye, berceau de la contestation qui a abouti à la chute et la mort de Kadhafi il y a un près d'un an, cette villa a été incendiée pendant la révolution de 2011. Peinture à l'huile, masques de bois et silhouettes de métal ont redonné vie aux murs carbonisés.

Sur les façades d'un blanc éclatant du deuxième étage poudroient d'audacieuses oeuvres abstraites, alliant l'ocre du désert et un camaïeu de bleu inspiré par la Méditerranée.

Une sculpture de casques dans un palais détruit à Benghazi (septembre 2012)

Une sculpture de casques dans un palais détruit à Benghazi (septembre 2012)

© Abdullah Doma / AFP
Sous Kadhafi, on ne pouvait pas faire d'art abstrait
"Je me sens optimiste et vivant à nouveau", se réjouit Ali Enessi, le doyen  des artistes exposés. "Sous Kadhafi, l'art devait être très franc et spécifique. Ce n'était pas possible de faire de l'art expérimental ou abstrait, d'exprimer des sens cachés.

Ses tableaux associent des couleurs vives et des formes anguleuses avec des poignées de sable. "Désormais nous avons la liberté de nous exprimer et d'expérimenter", se réjouit-il.

Comme une douzaine d'autres artistes, il travaille dans ce lieu chargé d’histoire, à la fois galerie et atelier. C’est du balcon du Palais al-Manar que le roi Idriss a proclamé l’indépendance en 1951. C’est là que des caricaturistes ont mené à coups de crayon leur combat contre Kadhafi, pendant la révolution. Un combat qui a coûté la vie à l’un d’eux, le jeune Qaïs al-Halali.

Des casques et des armes se transforment en sculptures
"Le message c'est que nous avons fabriqué du vivant à partir de la destruction", souligne Ali al-Wakwak, devenu célèbre pour ses sculptures réalisées avec des débris de la guerre: casques devenu masques ou mitraillettes reptiles.

Mohammed Barnawi, 33 ans, s'est osé à d'audacieux traits de pinceaux d'un rafraîchissant bleu céruléen et d'un ambre chaleureux, pour évoquer l'avenir incertain ("Attente") ou le deuil ("Le jeune marié martyrisé"). Une évolution  radicale par rapport à ses précédentes oeuvres, des tableaux figuratifs  représentant les acteurs de la révolution de 2011, tels que son frère mort au  front ou les proches de détenus morts dans la prison d'Abou Slim.

Le ministère de la Culture a annoncé mercredi sa décision de faire de Benghazi la capitale libyenne de la culture pour 2013.