Istanbul, place émergente du marché de l'art contemporain

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/02/2013 à 11H44
Le musée d'art moderne d'Istanbul

Le musée d'art moderne d'Istanbul

© Mattes René / HEMIS.FR

Dopée par la forte croissance économique du pays, la mégalopole turque est devenue le foyer d'un intense foisonnement créatif, qui est en passe de l'imposer comme une place importante du marché de l'art contemporain.

"L'art intéresse de plus en plus en Turquie", explique le commissaire-priseur Kerem Topuz, "les gros collectionneurs sont peu nombreux mais il existe une clientèle importante de petits et de moyens collectionneurs capables de dépenser 30.000 à 40.000 euros pour des signatures importantes".

Explosion du marché de l'art contemporain
En quelques années, le marché de l'art contemporain a explosé, favorisé un taux de croissance du PIB supérieur à 8% en 2010 et 2011. Une cinquantaine de nouvelles galeries y ont vu le jour, qui exposent "leurs" artistes dans les rendez-vous de Venise, Paris ou Dubaï. Et les professionnels du secteur ont inscrit les foires d'Istanbul à leur agenda.

A l'origine de cet engouement, il y a des riches mécènes, patrons des grands conglomérats industriels et familiaux de Turquie. Mais surtout les banques turques qui exposent dans leurs propres galeries."Les banques financent énormément l'art contemporain, leurs patrons font eux-mêmes des collections", note Ali Akay, un sociologue et commissaire d'exposition indépendant qui vit entre Paris et Istanbul. "Cela n'a encore rien de comparable avec ce qui se fait en Chine, à New York ou même à Paris mais le volume d'argent qui circule ici est de plus en plus important".

Un rôle déterminant joué par le secteur privé turc
Ouvert en 2004, le musée Istanbul Modern a été financé par la famille de l'industriel de la pharmacie Nejat Eczacibasi pour accueillir sa collection privée. Aujourd'hui, il constitue LA vitrine grand public de la création turque. "Dans les années 2000, Istanbul a été découverte par le monde de l'art mondial comme si c'était un nouveau continent", se souvient le conservateur d'Istanbul Modern, Levent Calikoglu. "Aujourd'hui nous recevons plus de 2.000 visiteurs par jour"... "désormais, la culture et le tourisme se mêlent à Istanbul".

L'intérêt croissant porté en Turquie à l'art moderne et contemporain a profité à des créateurs. Ainsi la vidéaste Seza Paker qui, après avoir voyagé, a décidé de revenir plus souvent puiser son inspiration à Istanbul. "Ce que j'ai vécu dans les années 1980 et 1990 à New York me rappelle énormément ce qui existe aujourd'hui à Istanbul. J'y retrouve la même énergie", se réjouit-elle, "et le public manifeste un intérêt beaucoup plus précis, beaucoup plus informé pour ce que nous créons, c'est très intéressant".

La cote des artistes locaux a grimpé
Certains créateurs sont devenus "bankable". Comme Buhran Dogançay, dont la toile "Symphonie bleue" s'est vendue à 1,2 million de dollars en 2010, Erol Akyavas ou encore Sarkis Zabunyan. "Nous suscitons un fort intérêt à l'étranger, c'est vrai mais nos prix restent encore bas comparés à ceux des places les plus prestigieuses", juge la marchande d'art Ayse Utku, "nous sommes encore loin de l'état de bulle".