Histoires de cheveux au Quai Branly

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/09/2012 à 18H26
A droite, Mkupuk Eba, série Hairstyle, 1974 - A gauche Suzanne Cloutier par Sam Levin

A droite, Mkupuk Eba, série Hairstyle, 1974 - A gauche Suzanne Cloutier par Sam Levin

© A droite J.D. 'Okhai Ojeikere © musée du quai Branly - A gauche © Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN / Sam Lévin

Courts, longs ou rasés, blonds, roux ou noirs, les cheveux ont fait partout et de tout temps l’objet de soins, ont été des signes de pouvoir ou de révolte. Au carrefour de l’histoire, de l’ethnologie, de la mode et de l’art, le musée du Quai Branly s’interroge dans une grande exposition sur ce que les cheveux racontent des sociétés

280 pièces, photos, sculptures, peintures, coiffes, parures ou trophées ont été sélectionnés pour rappeler l’importance accordée aux cheveux dans le monde.

« Ce sujet universel traverse les cultures européennes et non européennes. En explorer les métamorphoses révèle des aspects inattendus et complexes de la légèreté et de la gravité des hommes », explique le commissaire de l’exposition Yves Le Fur.

 

Le visiteur est accueilli par un couloir bordé de bustes. D’un côté, en blanc, des marbres représentant le jeune Louis XVII les cheveux défaits sur les épaules, Marie-Joséphine en haut chignon, la reine Marie-Amélie avec des bouclettes sur le front. De l’autre, les bustes sont noirs. Ces œuvres ethnographiques de Charles Cordier datent de 1860. Il a voulu constituer une galerie des races humaines. Les coiffures sont particulièrement soignées, le chignon élaboré d’une « femme chinoise », les tresses d’une « femme noire ».

Tressés, défaits ou voilés, les cheveux obéissent à l’ordre social ou expriment la contestation de cet ordre. Ils sont des signes de séduction ou de répulsion. Mais dans deux sociétés différentes, des cheveux lâchés ou rasés ne veulent pas forcément dire la même chose.

Des peintures de trois rois francs les montrent les cheveux sur les épaules : à l’époque mérovingienne, la chevelure était un signe de position sociale. Après 1968, les cheveux longs ont pu être une marque de contestation. Et en 1944, Pablo Picasso, comme le montre une photo, avait décidé de ne plus se couper les cheveux avant que la France soit libérée.

L'exposition "Cheveux chéris" : une Marie Madeleine du XIVe siècle devant des photos de Samuel Fosso

L'exposition "Cheveux chéris" : une Marie Madeleine du XIVe siècle devant des photos de Samuel Fosso

© musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde
Sur une très belle image, une jeune Malgache en deuil expose au vent son épaisse chevelure : à Madagascar, pendant le deuil les proches doivent rester échevelés.

Une sculpture de Marie-Madeleine du XIVe siècle la représente complètement enveloppée de ses longs cheveux : l’œuvre évoque bien l’ambivalence des cheveux, ici à la fois instrument de séduction et voile pudique.

Les cheveux, c’est aussi la perte : un film montre l’ordination d’une jeune bouddhiste birmane, illuminée à la vue de ses cheveux coupés. A l’inverse, dans les années 1930-40 en Europe, on a tondu les femmes pour les punir ou les humilier, comme en témoignent des images insupportables de la Libération en France.

Ornement de tête des îles Marquises, os, cheveux et fibres végétales

Ornement de tête des îles Marquises, os, cheveux et fibres végétales

© musée du quai Branly, photo Patrick Gries, Valérie Torre
  "La  question du cheveu est comme un espace chargé, toujours relié a la personne",  car le cheveu part de la tête, et "la tête, point commun entre toutes les civilisations, c'est sacré", souligne Hélène Fulgence, directrice des expositions au musée du Quai Branly.

Et une fois coupé, le cheveu conserve quelque chose de celui qui l’a porté. En Europe au XVIIIe siècle, ce sont les médaillons qui rappellent un enfant ou un être cher.

Dans d’autres sociétés, les cheveux ayant appartenu à des personnes puissantes concentrent en eux un peu de leur pouvoir. D’où des parures de toutes sortes, ceintures ou coiffes en matériaux divers intégrant des cheveux humains.

Ornements Shuar (Equateur), plumes de toucan et mèches de cheveux

Ornements Shuar (Equateur), plumes de toucan et mèches de cheveux

© musée du quai Branly, photo Claude Germain
L'exposition avait commencé avec la frivolité du cheveu, représentée en images ou dans des oeuvres d'art. Elle se termine sur des cheveux bien concrets, ceux des trophées recueillis par des peuples qui chassent les têtes de leurs ennemis. Le Quai Branly a sorti de ses réserves des pièces particulièrement impressionnantes : des scalps humains, venant d’Afrique ou d’Amérique. Et des têtes réduites des Jivaro d’Equateur : rétrécies à la taille d’une grosse pomme, elles sont toujours parées de longues chevelures.

Cheveux chéris, frivolités et trophées, Musée du Quai Branly, quai Branly, 75007 Paris
tous les jours sauf lundi et 1er mai
mardi, mercredi et dimanche : 11h-19h
jeudi, vendredi et samedi : 11h-21h
jusqu'au 14 juillet 2013