"Half-A-Wind Show", la rétrospective Yoko Ono au Guggenheim de Bilbao

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/03/2014 à 16H25
Yoko Ono à Bilbao le 13 mars 2014

Yoko Ono à Bilbao le 13 mars 2014

© Rafa Marrodan/Photocall30/SIPA

Le musée Guggenheim de Bilbao propose jusqu'au 1er septembre 2014 une exceptionnelle rétrospective de soixante ans de création de l'artiste contemporaine Yoko Ono. Deux cents oeuvres souvent conceptuelles, des objets, des dessins, des morceaux de musique, de la vidéo, des photos. Une oeuvre toujours habitée par l'ombre de John Lennon dont elle est la veuve depuis un soir de décembre 1980.

Est-il encore utile de se demander si Yoko Ono serait aussi célèbre si elle n'avait pas rencontré John Lennon ? Un artiste étant la somme de sa vie, de son expérience et de son oeuvre, il ne sert à rien d'imaginer une telle uchronie. Yoko Ono est sans conteste l'une des artistes majeures de l'art conceptuel et de la performance. L'exposition proposée au musée Guggenheim de Bilbao jusqu'au 1er septembre 2014 revisite toute la carrière de l'artiste américaine d'origine japonaise depuis les années 60 jusqu'à des oeuvres très récentes, certaines ayant même été créées à l'occasion de cette rétrospective.

Reportage : S. Deschamps/E. Clerc/G. Haristoy
Minimalisme et performances
Née au Japon en 1933, Yoko Ono se lance dans l'art contemporain en 1961. D'une famille très aisée, elle est d'abord attirée par l'écriture et mène une vie de bohème en publiant des ouvrages d'avant-garde, très influencés par les écrivains de la beat generation, Ginsberg et Kerouac. Mais c'est John Cage qui infléchira sa carrière musicale. Elle suit ses cours et s'engouffre dans le courant qu'il professe, celui du minimalisme. Quelque temps plus tard, elle devient célèbre grâce à son invention du "bagism". Ces performances consistent à s'enfermer dans un sac (en anglais "bag") avec un partenaire. Elle connaîtra un début de célébrité en 1965 avec une autre performance intitulée "Cut piece". L'artiste s'asseyait sur une scène et les spectateurs-participants venaient découper ses vêtements à l'aide d'une paire de ciseaux jusqu'à ce qu'elle se retrouve nue.

La rencontre avec John
En novembre 1966, Yoko Ono vit à Londres avec son deuxième mari, attirés par l'activité artistique qui anime, ces années-là, ce qu'on a appelé le "Swinging London". Elle expose alors à la galerie Indica, dont l'un des deux copropriétaires n'est autre que le Beatle Paul McCartney. C'est là que le compère de Paul va faire la connaissance de l'artiste. On raconte que Yoko Ono avait installé un escabeau qui menait jusqu'à une loupe permettant de voir un mot écrit en tout petit sur le plafond de la galerie. John Lennon, monte, regarde et lit le mot "Yes". Il dira plus tard que s'il avait lu "No" ou un message négatif, il aurait quitté l'exposition sans prêter attention à l'artiste.
Yoko Ono devant son oeuvre "River Bed" à Bilbao

Yoko Ono devant son oeuvre "River Bed" à Bilbao

© RAFA RIVAS / AFP
Une personnalité vampirisante
La suite est plus connue. Après quelques épisodes et rencontres plus ou moins fortuites, John quitte Cynthia et Yoko quitte Tony. L'amour que les deux artistes ne tardent pas à se porter envahit tout. John impose rapidement la présence de Yoko aux enregistrements des Beatles, Yoko entraîne son mari dans des happenings en faveur de la paix dans le monde en général et au Vietnam en particulier. L'osmose entre John et Yoko exaspère les trois autres Beatles et en particulier Paul McCartney. Le film "Let it be" en témoigne, l'atmosphère et très tendue et le groupe n'y survit pas. Aujourd'hui encore, beaucoup d'admirateurs des quatre de Liverpool tiennent Yoko pour responsable de la séparation du groupe. D'autres estiment que les quatre musiciens avaient fait le tour de leur collaboration et qu'elle a juste été le catalyseur de la crise.
Yoko Ono avec John Lennon et son fils Julian en 1968

Yoko Ono avec John Lennon et son fils Julian en 1968

© UNIVERSAL PHOTO/SIPA
Une décennie d'amour
Entre 1970 et 1980, John Lennon et Yoko Ono vivent une décennie marquée tout d'abord par la publication de disques. Ils fondent le Plastic Ono Band, participent ensemble à des concerts et des performances. Vers la fin de la décennie, ils donnent naissance à Sean, le deuxième enfant de John (il avait eu Julian avec Cynthia dans les années 60) et deuxième enfant également de Yoko. Après une longue période de silence artistique et médiatique, les deux artistes retournent en studio et enregistrent deux albums dont l'un sortira quatre ans plus tard. 

Veuve
C'est en plein retour sur le devant de la scène que survient le drame. Alors que le couple rentre du studio d'enregistrement le 8 décembre 1980, un homme tue John Lennon devant son immeuble new-yorkais. Yoko venait d'enregistrer "Walking on thin ice". La chanson ressortira en 1997 sur un album dont la pochette sera illustrée avec une photo représentant les lunettes de John éclaboussées de sang.
L'album "Season of Glass"

L'album "Season of Glass"

© DR
Après John
La mort de John Lennon ne stoppe pas la carrière de Yoko. Elle continue ses activités artistiques, musicales et plastiques tout en ne manquant aucune occasion de célébrer la mémoire de son mari. Leur fils Sean est aujourd'hui musicien et cultive une apparence (lunettes rondes par exemple) qui accentue encore son étonnante et déroutante ressemblance avec John.
Walking on thin Ice (1981), image arrêtée du clip

Walking on thin Ice (1981), image arrêtée du clip

© Yoko Ono


Half-a-Wind Show
Retrospective Yoko Ono
Musée Guggenheim
Bilbao
Espagne
Jusqu'au 1er septembre 2014