Goya reporter de guerre à Bordeaux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/02/2013 à 16H51
Goya / Les Désastres de la guerre

Goya / Les Désastres de la guerre

© DR

Face au succès, l’exposition « Goya – Les Désastres de la guerre » est prolongée jusqu’au 17 mars au Centre Jean Moulin de Bordeaux. A travers 82 eaux fortes gravées entre 1810 et 1820, l’artiste espagnol dépeint l’horreur de la guerre. Le réalisme cru de ses œuvres apparente son travail à celui d’un reporter de guerre et pose les bases du photojournalisme.

Le contexte historique 
L’Espagne de cette époque est fragilisée par les intrigues royales et les luttes d’influence. Napoléon, qui convoite le pays, envoie son armée pour le conquérir en 1807 et c’est avec une ferveur inattendue qu’elle sera reçue par la population, fatiguée de l’attitude du pouvoir. Ferdinand VII monte sur le trône en 1808 mais à la suite d’une émeute sanglante provoquée par l’entrée des troupes françaises à Madrid, Napoléon nomme son frère Joseph, roi d’Espagne et des Indes. Ce sera le début de la guerre d’indépendance. Elle durera cinq ans. En 1813, les insurgés espagnols, soutenus par les Portugais et les Britanniques, mettent fin à la domination française. Ferdinand VII remonte sur le trône.
 
Un peintre du roi attaché aux valeurs libérales
Avant cette guerre, Francisco de Goya est le peintre officiel de la Cour. Il réalise  de nombreux portraits d’aristocrates tout en étant proche des intellectuels libéraux. Sa carrière est à son apothéose même si certaines de ses œuvres (« les Caprices », la Maja Nue ) sont censurées par l’Inquisition.
Quand la guerre survient, Goya vit à Madrid. Il côtoie les horreurs qui s’y déroulent : exécutions, viols, pillages mais aussi l'exode et la faim. Goya va rendre compte de ce qu'est la guerre de manière très différente de ses contemporains qui, souvent, ont tendance à la magnifier. Goya lui, ne cache rien.

Goya - Les Désastres de la guerre 

Goya - Les Désastres de la guerre 

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Mais la réalisation de cette série d'eaux-fortes ne l'empêche pas de signer le portrait du roi Joseph 1er, un roi qui porte les idées révolutionnaires françaises auxquelles Goya est attaché.
Si les eaux fortes des "Désastres de la guerre" sont devenues célèbres, il en fut de même pour certaines peintures comme « El tres de mayo » (1814), où l’on voit des condamnés espagnols face à un peloton sans visage.

Goya - El tres de mayo

Goya - El tres de mayo

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En 1814, Ferdinand VII rétablit la monarchie absolue et répressive. Goya, malgré son statut de peintre de la Cour, n’est plus en odeur de sainteté. Ses relations avec les libéraux ne plaisent pas et la réaction absolutiste du pouvoir le pousse à quitter l’Espagne pour s’installer  à Bordeaux avec d’autres exilés espagnols. C’est là qu’il mourra à 82 ans, malade, sourd (un handicap dont il souffre depuis 1792).
Ses gravures relatant la guerre, Goya ne les vit jamais imprimées (en dehors des épreuves d’artiste). En effet, les premiers tirages furent réalisés en 1863, soit 35 ans après sa mort. 

Exposition "Goya, chroniqueur de toutes les geurres - Les Désastres et la photographie de guerre" jusqu'au 19 mars au Centre Jean Moulin à Bordeaux - Tél : 05 56 10 19 90 - ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h - Entrée libre et gratuite -