Escarpins sur tapis de prière : une oeuvre retirée d'une exposition

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/01/2015 à 12H02
L'installation "Silence" de  l'artiste plasticienne Zoulikha Bouabdellah.

L'installation "Silence" de  l'artiste plasticienne Zoulikha Bouabdellah.

© Alexandre Mayeur

Une oeuvre représentant 28 paires d'escarpins dorés posées sur 28 tapis de prière musulmans, présentée depuis dimanche dans une exposition collective à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), a été retirée mardi. L'artiste et les commissaires d'exposition ont pris cette décision après avoir été avertis d'"incidents" qui pourraient survenir.

Une oeuvre retirée par précaution, pour devancer toute polémique

Intitulée "Silence", cette installation de l'artiste plasticienne franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah, créée en 2007-2008 et déjà exposée à Paris, Berlin, New York ou Madrid, devait être présentée dans le cadre de l'exposition "Femina ou la réappropriation des modèles" au Pavillon Vendôme, lieu culturel municipal. Une exposition rassemblant 18 femmes de toutes générations et nationalités.

Mais jeudi, à la fin de l'accrochage, les commissaires ont "été informés par la mairie de mises en garde émanant de représentants d'une fédération de citoyens Clichois de confession musulmane sur +d'éventuels incidents irresponsables+ non maîtrisables pouvant survenir", ont indiqué deux commissaires et l'artiste dans un communiqué conjoint mardi soir.

L'artiste et les commissaires d'expositions ont alors décidé de remplacer "Silence" par une installation vidéo intitulée "Dansons", représentant une danse du ventre sur fond de Marseillaise. Ceci "afin d'éviter toute polémique et récupération au sujet de la présentation de cette installation qui ne présente aucun caractère blasphématoire".

L'artiste s'interroge

L'artiste Zoulikha Bouabdellah s'est dite néanmoins surprise de "l'incompréhension" suscitée par "Silence", l'une de ses oeuvres les plus montrées.

Elle met cette incompréhension "sur le compte de l'émotion liée" aux récents attentats en France. Et précise que son intention n'était "ni de choquer, ni de provoquer" mais de susciter "un dialogue" entre "profane et sacré" et sur "la place de la femme".

"Je m'interroge sur les raisons qui poussent une certaine frange de Français de confession musulmane à voir dans cette installation une oeuvre blasphématoire", a-t-elle commenté.

A qui appartient-il de décider de retirer l'oeuvre ?

Les commissaires reprochent au maire (PS) de Clichy-la-Garenne, Gilles Catoire, de leur avoir fait porter la décision de présenter ou non l'oeuvre face à des "menaces potentielles" dont ils "ne pouvaient mesurer les conséquences", a souligné Charlotte Boudon, l'une des commissaires. 

Il n'était "pas question pour moi de choisir telles ou telles oeuvres pour une exposition qui est sous la responsabilité des organisateurs", a déclaré de son côté le maire Gilles Catoire.

Dans un communiqué, l'artiste s'est dite "choquée" par ces propos "qui laissent à penser que le maire de Clichy se défausse de toute responsabilité quant à la sécurité d'une exposition qui est organisée dans sa ville".

"Soit on rétablit "Silence" dans cette exposition, soit on l'annule", a déclaré le galeriste Stéphane Magnan, représentant de plusieurs artistes de l'exposition. Si l'oeuvre devait être réinstallée, "cela sera dans un esprit de dialogue, sans doute en présence de l'artiste", a-t-il ajouté.

Le maire a indiqué à l'AFP qu'il n'était "pas contre" le fait de remonter l'oeuvre, promettant une réponse pour mercredi matin et évoquant la nécessité d'un équilibre "entre liberté d'expression et ordre public".

La Fédération des associations musulmanes de Clichy (FEDAM), qui avait évoqué ces risques, n'était pas joignable dans l'immédiat.