Décès de la galeriste parisienne Denise René

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/07/2012 à 11H54
Denise René dans sa galerie, devant une peinture de Soto, le 5 novembre 2003

Denise René dans sa galerie, devant une peinture de Soto, le 5 novembre 2003

© François Guillot / AFP

La galeriste parisienne Denise René est décédée lundi matin à l’âge de 99 ans. Elle avait révélé Vasarely après la guerre et soutenu de nombreux pionniers de l’abstraction géométrique et de l’art cinétique. C’est aussi elle qui avait organisé la première exposition de Mondrian en France

Denise René (Denise Bleibtreu de son vrai nom) était née à Paris en juin 1913. Elle dirigeait avec sa sœur un atelier de mode qu’elle transforme en galerie, sur les conseils d’un jeune artiste, Victor Vasarely, rencontré au café de Flore en décembre 1939 et dont elle lance la carrière.

En 1944, l’exposition inaugurale de la galerie Denise Renée, rue de la Boétie, lui est consacrée. Dans cette galerie qui devient une des galeries françaises les plus connues au monde, Denise Renée expose des artistes d’avant-garde qu’elle sélectionne avec grand flair : Arp et Magnelli, Sophie Tauber et Herbin, Jacobsen, Dewasne ou Mortensen.

Denise René a fait connaître l’art cinétique
"Alors qu'elle a été résistante, elle expose aussi en 1945 un Allemand, Max Ernst. C'est un bon indicateur de son esprit, elle aimait ce genre de  provocation", soulignait en 2010 le marchand d'art Hans Mayer dans le Journal  des Arts.

Tenace, ouverte sur le monde et farouchement indépendante, même si certains lui ont reproché l'emprise de Vasarely, elle reste fidèle à l'esthétique de l'abstraction et du cinétisme. Avec constance, en dépit des modes, quitte à négliger d'autres courants artistiques majeurs comme le minimalisme.

Denise René avec Yvaral, le fils de Victor Vasarely, en 1976

Denise René avec Yvaral, le fils de Victor Vasarely, en 1976

© Laski / SIPA

En 1946, elle présente l'exposition "Peintures abstraites" qui mêle encore abstraction géométrique et lyrique. C’est en 1951, avec l’exposition « Klar Form », qu’elle se lance définitivement dans la première. Novatrice, elle produit des catalogues et se crée une écurie d'artistes grâce à des contrats d'exclusivité. Avec Vasarely, elle organise en 1955 l'exposition "Le Mouvement" qui contribuera à faire connaître l'art cinétique.

La première exposition Mondrian en France
Deux ans plus tard, elle présente la première exposition de Mondrian en France, alors que les critiques et les musées français boudent l'artiste néerlandais.

"Une galerie, ce n'est pas seulement une conception esthétique, mais une façon de fonctionner. Elle savait faire venir des collectionneurs, être présente là où il fallait être", soulignait récemment Jean-Paul Ameline, conservateur du Musée d'art moderne du Centre Pompidou.

En 2001, le Centre Pompidou rendait hommage à la galeriste
En 1966, elle ouvre une seconde galerie, Denise René-Rive Gauche, boulevard Saint-Germain, puis en 1967 une autre en Allemagne avec Hans Mayer, et un espace à New York en 1971, qui ferme dix ans plus tard.

Quand Vasarely fonde deux musées et un Centre de recherche architectonique, au début des années 1970, le chiffre d’affaires de Denise René souffre cruellement. Puis c’est la crise. La galerie de la rue de la Boétie ferme en 1977. Mais une nouvelle galerie est inaugurée dans le Marais en 1991, complémentaire de celle du boulevard Saint-Germain. Les deux sont toujours en activité de chaque côté de la Seine.

En 2001, le Centre Pompidou avait rendu hommage à la galeriste avec une exposition, « Denise René, une galerie dans l’aventure de l’art abstrait, 1944-1978 ».

Réaction du ministère de la Culture

Le départ de Denise René "endeuille le monde artistique, qui doit à cette grande galeriste d'avoir révélé au monde entier les beautés de l'art abstrait et en particulier cinétique, du XXe siècle", a estimé la ministre de la Culture Aurélie Filippetti dans un communiqué.

"Convaincue que l'art doit se réinventer toujours, découvreuse du cinétisme et de Vasarely (...), elle reste jusqu'à aujourd'hui l'apôtre de ce mouvement artistique et de ses productions si vibrantes (...). Sa quête d'artistes, d'oeuvres et de publics toujours nouveaux, était pour elle une mission artistique et une impérieuse exigence morale", a déclaré la ministre.