Décès d'Eva Zeisel, une des céramistes les plus réputées au monde

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/01/2012 à 15H13
Eva Zeisel en 2005 au Hillwood Museum de Washington

Eva Zeisel en 2005 au Hillwood Museum de Washington

© TALISMAN K. BROLIN/AP/SIPA

Une des céramistes et créatrices des arts de la table les plus réputées au monde, l'Américaine d'origine juive hongroise Eva Zeisel, est décédée à l'âge de 105 ans le 30 décembre à New York.

Inspirée notamment de l'école allemande du Bauhaus des années 1920 et de l'Art nouveau russe, Eva Zeisel a réalisé plus de 100.000 céramiques et objets de la vie quotidienne.
Elle a acquis la notoriété dans les années 1940 avec son service de table "Town and Country", réalisé alors par Red Wing Pottery (Minnesota) et aujourd'hui propriété du British Museum à Londres. La salière et le poivrier de ce service sont depuis des "icônes" des arts de la table. Et sa première grande exposition a eu lieu au Modern Museum of Art (MOMA) à New York en 1946.

Sensible aux courbes, Eva Zeisel a donné de l'humanité et de la sensualité à la céramique, à la poterie et à la porcelaine. Largement inconnue du grand public, elle aimait dire qu'elle travaillait "pour l'usager, mon bon ami" et voulait "capturer" dans son travail "le langage magique des objets".

Broyée par la répression stalinienne
De son nom de jeune fille Eva Amalia Striker, elle est née le 13 novembre 1906 à Budapest dans une prospère famille juive d'industriels du textile. Rapidement, elle se passionne pour la céramique et la poterie, art dans lequel elle se perfectionne en Allemagne, à Hambourg, puis à Berlin. Intéressée par la révolution soviétique, elle s'installe en Russie en 1932 et, à 29 ans, devient directrice de la Manufacture d'Etat des porcelaines et verreries industrielles. 

Mais, en 1936, elle est broyée dans les meules de la répression stalinienne : arrêtée pour une prétendue tentative d'assassinat de Joseph Staline, elle est emprisonnée, à l'isolement, pendant 16 mois. Finalement libérée, sans qu'elle sache pourquoi et alors qu'elle s'attendait chaque jour à être exécutée, elle se réfugie à Vienne en 1938, où elle épouse un avocat autrichien, Hans Zeisel. Six mois plus tard, elle doit fuir après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie. D'abord à Londres, puis à New York.

Son témoignage servira, entre autres, de base à l'écrivain magyaro-britannique Arthur Koestler pour son retentissant livre de règlement de comptes avec le mouvement communiste et le stalinisme, "Le Zéro et l'Infini" ("Darkness at Noon", 1941).

VIDEO : en 2008, Eva Zeisel revenait sur ses 75 ans de carrière (en anglais)