Décès d'Ellsworth Kelly, figure de l'art abstrait américain

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/12/2015 à 12H07
Ellsworth Kelly devant une de ses oeuvres, une "sculpture murale" à la Barnes Foundation à Philadelphie, le 30 avril 2013

Ellsworth Kelly devant une de ses oeuvres, une "sculpture murale" à la Barnes Foundation à Philadelphie, le 30 avril 2013

© Matt Rourke / AP / SIPA

Ellsworth Kelly, peintre et sculpteur abstrait américain, qui a bâti une œuvre originale à l'écart des principaux courants de l'art de son temps, est mort dimanche à l'âge de 92 ans à Spencertown, dans l'Etat de New York.

Né à Oradell, dans l'Etat de New York, en 1923, il suit des études d'art au Pratt Institute avant d'être mobilisé dans l'US Army et de gagner l'Europe en janvier 1943 où il retournera pendant six ans après la guerre, notamment à Paris où il rencontre de nombreux artistes et où il se tourne définitivement vers l'art abstrait.
              
Il retourne ensuite aux Etats-Unis étudier la peinture à l'école du musée des Beaux-Arts de Boston. "C'était très traditionnel. C'était tout le temps de la peinture de nus, pas beaucoup de couleur. J'aimais Kandinsky. Je voulais faire quelque chose de différent", avait-il raconté dans une interview au Guardian il y a quelques semaines à peine.
 
Puis il retourne aux Etats-Unis et s'installe à Manhattan où il travaille une quinzaine d'années avant de s'installer à Spencertown, à 200 km au nord de New York.
Ellsworth Kelly devant son oeuvre "Blue Red Green Black" à la Serpentine Gallery à Londres (16 mars 2006)

Ellsworth Kelly devant son oeuvre "Blue Red Green Black" à la Serpentine Gallery à Londres (16 mars 2006)

© Nils Jorgensen / REX / Shutterstock / SIPA


"Mes peintures sont des objets"

Ellsworth Kelly revendiquait l'influence de Jean Arp, Constantin Brancusi, Matisse et aussi de l'œuvre tardive de Monet. Il était l'ami d'Alexandre Calder. Sa peinture privilégie de grands blocs monochromes et des contours nets. Nombre de ses tableaux ne comportent qu'une seule couleur ou plusieurs blocs de couleurs vives juxtaposés. Il variait la forme des châssis et souhaitait mettre ses peintures en volume, s'intéressant aux rapports entre celles-ci et l'espace qui les entourait.
 
"Mes peintures ne représentent pas des objets, disait-il en 1996 dans une interview au New York Times. Elles sont elles-mêmes des objets et des perceptions fragmentée des choses".
 
"Dans mon travail, je ne veux pas qu'on regarde la surface mais la forme, les relations", selon sa biographie sur le site de la galerie new-yorkaise Matthew Marks, qui le représentait. Son vocabulaire visuel était inspiré de son observation du monde, des formes et des couleurs des plantes, de l'architecture, des ombres sur un mur ou sur un lac. Il s'était constitué à partir des espaces entre les lieux et les objets, entre le travail de l'artiste et son public, souligne sa biographie.


Dans les grandes collections du monde

"Je voudrais vivre encore quinze ans, mais je sais que je ne pourrai pas. Je ne suis plus vraiment entier", confiait-il en novembre dernier au Guardian. L'artiste vivait depuis plusieurs années sous assistance respiratoire et se déplaçait avec une bouteille d'oxygène.
 
Il disait alors qu'il continuait à travailler, même s'il ne pouvait plus réaliser de grands formats. "Mes peintures n'ont jamais atteint des prix pharamineux", faisait-il remarquer, se disant que c'était peut-être une bonne chose : "Mon agent pense que les gens qui achètent mes œuvres s'intéressent à mon travail plutôt qu'à l'investissement qu'ils font."
 
Ellsworth Kelly est représenté dans les collections des grands musées du monde, le Centre Pompidou, le Musée Reina Sofia de Madrid, la Tate Modern de Londres, le MoMA à New York… Il a eu de grandes rétrospectives au MoMA (1973), au Guggenheim de New York (1996), au Stedelijk Museum d'Amsterdam (1979).
 
La Galerie nationale du Jeu de Paume a exposé ses années françaises en 1992. Il avait été fait chevalier des Arts et des Lettres en 1988, puis commandeur en 2002. Aux Etats-Unis, le président Obama lui avait décerné en 2013 la National Medal of Arts, plus haute distinction artistique outre-Atlantique.