Dans la peau d'un réfugié, l'expérience d'un musée de La Haye

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/12/2015 à 15H29
La maison de l'humanité à la Haye, décembre 2015

La maison de l'humanité à la Haye, décembre 2015

© FRED ERNST / AFP

La valise à moitié faite a été abandonnée dans l'urgence et à la radio le message est lancinant : "Ceci est une annonce de la sécurité nationale, quittez les lieux au plus vite !" Le temps d'une excursion scolaire, deux ados néerlandaises sont transportées dans la peau de réfugiés dans un musée de La Haye. La "Maison de l'Humanité" a été fondée par la Croix Rouge néerlandaise en 2010.

Les deux lycéennes de 15 et 16 ans ont reçu le "visa" les autorisant à débuter leur périple vers la "zone B", retraçant symboliquement les pas des millions de personnes qui effectuent un périlleux trajet vers les côtes de l'Europe. Après avoir quitté le salon où retentit en boucle l'avertissement radio, le voyage devient "incertain, il faut affronter plusieurs dangers, il y a des incertitudes...", explique à l'AFP la directrice du site, Lisette Mattaar. Amy et Sona devront "faire des choix difficiles pour arriver dans un pays sûr", explique-t-elle.

Le musée, qui montre le travail que la Croix Rouge mène auprès de ceux qui ont fui la guerre et la pauvreté, est soutenu par 12 autres ONG. 30.000 personnes l'ont visité en 2014, contre 14.000 lors de sa première année de fonctionnement. Déconseillé au moins de 10 ans, le musée assure avoir vu exploser les demandes de visites des écoles depuis le début de la pire crise migratoire qu'ait connu l'Europe.
L'expérience de l'Humanity House à la Haye

Apprendre à "réfléchir par eux-mêmes"


"Les élèves sont bombardés d'images, d'informations sur les réfugiés, sur la migration, sur les politiques d'asile mais tout cela est souvent dépourvu de contexte", explique Audrey Mussoni, qui accueille les élèves après la visite pour discuter de leur ressenti. "Ils entendent les chiffres mais ne savent pas les mettre en perspective et il leur manque un visage à mettre sur ces informations", ajoute-t-elle. "Avec ce parcours, nous pouvons créer un peu d'empathie, pour qu'ils apprennent à réfléchir par eux-mêmes".

Après avoir quitté la maison en courant, Amy et Sona se retrouvent dans un dédale de couloirs sombres, sous les aboiements de chiens et les cris de policiers. Sur une porte, la question est posée : "Choisissez-vous vos affaires ou votre vie ?". A travers un labyrinthe aux murs décrépits se succèdent sons et images, évoquant la longue marche migratoire. Les témoignages sont ceux de véritables réfugiés, recueillis par une équipe de chercheurs. Les deux adolescentes remplissent des piles de formulaires, dans l'espoir d'être un jour réunies avec leurs familles. Puis Amy et Sona arrivent à la frontière. "Avez-vous votre visa pour la zone B ? Quels sont les adresses, prénoms et noms de famille de vos amis ? Qu'allez-vous faire en zone B ?" : la voix préenregistrée du policier se fait plus dure, pressante et les adolescentes sont visiblement mal à l'aise.
A la fin de la visite,

Amy estime que cette expérience de 45 minutes lui a fait comprendre que les réfugiés passent par "toutes sortes de sentiments": "la tristesse de tout quitter, l'angoisse du trajet, l'espoir d'un avenir meilleur et la recherche du bonheur".
L'expérience de l'Humanity House à la Haye.
Sona trouve l'expérience de ce musée positive : "Même si ce n'est qu'un tout petit peu, on a une idée de ce que peuvent ressentir" les réfugiés. Ses parents ont quitté l'Arménie avant sa naissance mais leur voyage jusqu'aux Pays-Bas ne fait pas souvent l'objet de discussions familiales. Après avoir passé la frontière, Amy est soulagée : "Le gouvernement dit qu'il n'y a pas beaucoup de réfugiés qui peuvent venir ici, et je comprends. Mais il y aussi des gens qui ont vraiment besoin d'aide...".

Les Pays-Bas s'attendent à enregistrer un nombre record de demandes d'asile en 2015 : de janvier à mi-novembre, 54.000 demandes ont été soumises. "Il arrive parfois que nous ayons des enfants qui disent que les réfugiés viennent pour utiliser nos impôts, pour profiter... mais c'est basé sur des informations qui ne représentent pas l'ensemble de la situation", assure Audrey Mussoni.