Colombie : des "héros" ordinaires affichés sur les murs de Medellin

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/02/2012 à 16H44
L'une des façades servant à l'exposition "Héros sans frontières" (30/01/2012)

L'une des façades servant à l'exposition "Héros sans frontières" (30/01/2012)

© Raul Arboleda / AFP

Les portraits d'une vingtaine d'habitants de Medellin ornent les rues de la ville colombienne sinistrée par des années de guerre entre gangs du crime, dans le cadre d'une exposition baptisée "héros sans frontières".

A Medellin, deuxième ville du pays avec 2,3 millions d'habitants, l'effacement des cartels de cocaïne dans les années 1990 a favorisé le développement de multiples bandes criminelles. La cité demeure la 14e ville la plus dangereuse du monde avec un taux d'homicides de 70 pour 1000 habitants en 2011.

Changer l'image de Medellin
A l'initiative de la municipalité, le photographe colombien Felipe Mesa a photographié et mis à l'honneur des "héros" de la vie ordinaire de Medellin : un marchand de légumes, une octogénaire qui a élevé 14 enfants, un artiste qui a ouvert une école de rap gratuite... Quelques mots, glissés dans certaines photos - "Harmonie et tolérance", "amour", "liberté" - sonnent comme autant de messages signifiant la volonté de changer l'image de Medellin. L'exposition "héros sans frontières" fait référence aux "frontières invisibles", une expression qui renvoie aux réseaux souterrains du crime organisé, qui continue de recruter ses troupes parmi les jeunes Colombiens désespérés par la misère.

"Nous avons voulu rendre hommage à ces héros quotidiens, personnes simples du quartier qui, sans avoir de diplôme, sont un exemple pour les enfants parce qu'ils n'ont pas sombré dans l'illégalité", a expliqué à l'AFP la psychologue Lina Alvarez, qui a participé à l'opération. Au départ, en découvrant ces visages inconnus sur les murs, certains habitants ont pensé que les autorités avaient voulu honorer la mémoire de personnes victimes des bandes criminelles ou des guérillas qui s'affrontent depuis près d'un demi-siècle avec les autorités.

Sur un toit de Medellin...

Sur un toit de Medellin...

© Raul Arboleda / AFP

Des "héros" choisis par les voisins et les écoliers
Sur les façades ou les toits des maisons de Medellin, les images sont visibles depuis les cabines du Metrocable, un téléphérique public ouvert en 2006 pour desservir les quartiers les plus pauvres, accrochés à flanc de montagne. "Nous souhaitons montrer aux gens qui empruntent le Metrocable que l'avenir de ce quartier n'est pas celui de la violence, qu'il a plein de choses positives", selon la psychologue Lina Alvarez.

Les habitants photographiés ont été désignés par leurs propres voisins, ou bien des élèves d'écoles du quartier. Ce projet a été directement inspiré par un artiste français, le photographe JR, connu pour ses portraits géants comme ceux des jeunes habitants des cités de banlieues parisiennes, des favelas de Rio de Janeiro ou des territoires palestiniens.

L'un des "héros" de l'exposition, Gilberto Idarraga, vendeur de légumes quand il n'écume pas les pistes de danse, a confié au journal "El Colombiano" : "Notre contribution, c'est rien d'autre que de lutter toujours pour faire les choses comme il faut."