Cléopâtre s'installe à la Pinacothèque de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/04/2014 à 13H01
Elisabeth Taylor (avec sa grande cape dorée) dans le film "Cléopâtre" de Joseph Mankiewicz de 1963 

Elisabeth Taylor (avec sa grande cape dorée) dans le film "Cléopâtre" de Joseph Mankiewicz de 1963 

© ARCHIVES DU 7EME ART/PHOTO12

Paris va-t-il succomber au charme de Cléopâtre ? La Pinacothèque de Paris présente à partir de ce jeudi une ample exposition sur la dernière reine d'Egypte, qui a séduit César puis Marc Antoine, avant de se suicider en 30 avant Jésus-Christ. "Le mythe de Cléopâtre", jusqu'au 7 septembre.

Sculptures, pièces de monnaie, bijoux mais aussi peintures des siècles passés, robes de cinéma, décors de théâtre: en quelque 350 pièces, l'exposition "Le mythe de Cléopâtre" à la Pinacothèque de Paris explore jusqu'au 7 septembre le mythe de cette reine controversée, morte il y a deux mille ans mais qui continue à fasciner.

Cléopâtre contre Auguste

Simultanément, Paris honore son ennemi juré, Octave, devenu Auguste, le premier empereur de Rome, dans une exposition au Grand Palais. En 31 av. J.-C., la flotte d'Octave défait celle de Cléopâtre et du général romain Marc Antoine à la bataille navale d'Actium. Marc Antoine se suicide un an plus tard, suivi  par Cléopâtre. Octave annexe l'Egypte. "L'Empire romain déteste Cléopâtre. C'est l'étrangère qui a séduit César, lui a donné un fils, Césarion, et qui a conquis ensuite Marc Antoine", entraînant une guerre civile, déclare Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque. Les écrivains romains de l'époque la présentent comme une "putain", la  corruptrice d'un héros dont elle a réduit la volonté. "En fait, c'est une femme  d'une intelligence remarquable, une stratège politique, qui cherche à aider son  peuple", selon Marc Restellini.

Reportage: C.Airaud, D.Dahan, D.DA Meda, A.Cosqueric
L'attrait irrésistible de Cléopâtre

Cléopâtre VII, née en 69 av. J.-C. probablement à Alexandrie, appartient à la dynastie des Ptolémées, fondée par un général d'Alexandre le Grand, Ptolémée 1er, qui reçoit l'Egypte lors du partage qui a suivi la mort du conquérant  macédonien. En 51 av. J.-C., à l'âge de 18 ans, Cléopâtre devient reine, régnant avec son frère, Ptolémée XIII, qu'elle épouse. Tous deux se disputent le pouvoir pendant trois ans tandis qu'à Rome, Jules César s'oppose à Pompée. Battu, Pompée se réfugie en Egypte mais il est assassiné sur ordre de  Ptolémée XIII qui veut offrir sa tête à César. Exilée, Cléopâtre revient  subrepticement - roulée dans un tapis, dit-on - pour se présenter à César.  Celui-ci choisit de remettre sur le trône cette reine d'origine grecque qui accepte sa tutelle sur l'Egypte. "On dit que sa beauté en elle-même n'était pas incomparable (...) mais son commerce familier avait un attrait irrésistible", écrira plus tard l'historien Plutarque qui évoque sa "conversation séduisante" et sa "grâce naturelle".

Son nez... visible sur les pièces de monnaie

L'exposition présente plusieurs portraits en marbre de Cléopâtre en style grec, dont un daté de la seconde moitié du Ier siècle av J.-C, prêté par le  musée du Vatican, où la reine a malheureusement une partie du nez cassé. Un autre portrait en marbre, de la même période, prêté par le musée des Antiquités de Turin, est lui aussi présenté comme étant celui de Cléopâtre. Ce sont les pièces de monnaie qui permettent le mieux de se rendre compte de son fameux nez qui a fait dire à Pascal que s'il eût été plus court, la face  de la terre aurait été changée. Sur ces petites pièces, son nez est franchement long et un peu busqué. "Son profil n'est pas parfait. Mais elle fascine par sa voix, son charme, sa grande culture. Elle est polyglotte", souligne le commissaire de l'exposition, Giovanni Gentili.

La représentation de Cléopâtre au fil des époques et des arts

L'exposition explore aussi les représentations de Cléopâtre dans la peinture du XVIe au XIXe siècle. Sa mort tragique a particulièrement inspiré les artistes. Guido Reni, comme Francesco Cozza, la représente mordue au sein par un aspic. "En réalité, elle a très probablement pris du poison pour se suicider", selon Giovanni Gentili. "Mais assez vite après sa mort, l'aspic comme arme du suicide a été évoqué car il renvoie Cléopâtre à l'image vénérée d'Isis qui tenait un serpent", relève-t-il. 

La fascination du cinéma pour la reine d'Egypte est également évoquée. La  grande cape dorée portée par Elizabeth Taylor pour le fameux "Cléopâtre" (voir la photo), de Joseph Mankiewicz (1963), a pour pendant une robe extravagante de Monica Bellucci pour le film "Astérix et Obélix: mission Cléopâtre" (2002).