Bicentenaires de Wagner et Verdi : 2 géants se rencontrent à l'Opéra de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 16/12/2013 à 16H32
Christine Schäfer interprétant le rôle de Violetta dans La Traviata, opéra de Verdi dans la mise en scène de Christoph Marthaler, 2007

Christine Schäfer interprétant le rôle de Violetta dans La Traviata, opéra de Verdi dans la mise en scène de Christoph Marthaler, 2007

© Ruth Walz

Verdi et Wagner, nés tous deux en 1813, entretenaient des relations passionnelles avec l'Opéra de Paris, décrit l'exposition "Verdi, Wagner et l'Opéra de Paris", à la bibliothèque-musée de l'Opéra Garnier.

Une centaine de pièces - costumes, partitions, écrits, affiches et maquettes de décors - ont été réunies pour illustrer le parcours des deux géants de l'art lyrique. Avec les maquettes de décor, le visiteur pourra comparer le décor d'"Aïda" en 1880 avec son allée des sphinx et le château de cuivre de la dernière production d'Olivier Py, montrée en ce moment même à Bastille.
Giuseppe Verdi par Disdéri, photographie ca. 1860 

Giuseppe Verdi par Disdéri, photographie ca. 1860 

© BnF, BMO
Verdi a d'emblée conquis Paris, alors que Wagner, qui portait Paris aux nues ("Paris est le coeur de la civilisation moderne") a été bien maltraité de son vivant par l'institution parisienne: son "Tannhäuser" n'y fut montré que trois fois, en 1861, et copieusement hué. Peut-être le public parisien voulait-il lui faire payer sa "Lettre sur la musique", où il disait tout le mal qu'il pensait de la tradition française. Lorsque Wagner propose à l'Opéra le "Vaisseau fantôme", l'institution lui achète le sujet pour 500 francs -Wagner était alors fauché- et fait monter l'oeuvre par le Français Pierre-Louis Dietsch, alors en vogue.

Verdi est plus gâté: sept créations et premières d'opéra de son vivant, et 249 représentations verdiennes depuis la première de "Jerusalem" en 1847. Mais à la mort de Wagner, le rapport s'inverse: Wagner est à la mode et le triomphe de Lohengrin en 1891 conduit l'Opéra à programmer d'autres ouvrages, toujours avec succès . Entre 1908 et 1914, les oeuvres de Wagner constituent plus du quart de la programmation de l'Opéra. Jusqu'en 1945, exception faite des deux conflits mondiaux, Wagner est plus programmé que Verdi à Paris.
Richard Wagner, photographie de Pierre Petit

Richard Wagner, photographie de Pierre Petit

© BnF, BMO
L'instrumentalisation de Wagner par la propagande nazie marque un retournement: Verdi reprend le dessus dans les salles parisiennes. Le compositeur italien devient le plus joué dans le monde après guerre. Mais Wagner crée toujours l'événement: les mises en scène de ses opéras -où le nazisme devient à une période une référence obligée- ne laissent jamais indifférent et la représentation d'un "Ring" - cycle de quatre opéras inspiré de la mythologie germanique et nordique - reste le Graal de tout directeur d'opéra.

L'exposition donne un aperçu des libertés des metteurs en scène avec Wagner, en projetant des extraits des grands opéras donnés ces dernières années, dont le "Tristan" de Peter Sellars avec les vidéos de Bill Viola, ou la morgue de la Walkyrie très contestée de Günter Krâmer plus récemment.
"Verdi, Wagner et l'Opéra de Paris", du 17 décembre au 16 mars 2014 à la Bibliothèque-Musée de l'Opéra.