Berlin : les artistes expulsés du Tacheles, un squat emblématique

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/09/2012 à 18H08
Le Tacheles, squat d'artistes à Berlin (janvier 2011)

Le Tacheles, squat d'artistes à Berlin (janvier 2011)

© IPON-BONESS / SIPA

Des huissiers, épaulés par la police, ont fermé mardi le Tacheles, un grand squat d’artistes qui était devenu, après la chute du mur, un symbole de la scène alternative berlinoise

Le Tacheles était un des derniers squats, qui avaient fleuri dans la capitale allemande après la chute du Mur en 1989 et qui ont presque tous disparu au fil des ans.

Sur les murs de cette imposante bâtisse de cinq étages pendaient plusieurs guirlandes blanches fabriquées avec les pétitions réclamant le maintien du squat occupé depuis le 13 février 1990.

La police évacue le Tacheles, squat d'artistes, à Berlin (4 septembre 2012)

La police évacue le Tacheles, squat d'artistes, à Berlin (4 septembre 2012)

© Marc Tirl / AFP
 

Berlin "n'est plus sexy"
"Berlin n'est bientôt plus sexy", constatait une pancarte, en référence au slogan de Berlin, "ville pauvre mais sexy". Avant l'arrivée de la police, deux artistes du Tacheles vêtus de noir avaient entonné au piano une sorte d'oraison funèbre.

Avec la disparition du Tacheles, Berlin tourne la page des années folles qui ont ont marqué la réunification de la ville. Dans les quartiers du centre, ont vivait pour rien au milieu d’immeubles délabrés, portant toujours les traces de la Seconde Guerre mondiale, l’odeur du charbon de chauffage flottant dans les rues tout l’hiver.

"Attirés par les petits prix et l'atmosphère créatrice qui a suivi la déroute de la RDA communiste, de nombreux artistes étrangers sont venus s'installer à Berlin", raconte Harriet Häussler, professeur à l'Université  Libre de Berlin.

En avril 2012, des artistes du Tacheles brûlaient leurs oeuvres pour protester contre l'expulstion

En avril 2012, des artistes du Tacheles brûlaient leurs oeuvres pour protester contre l'expulstion

© John MacDougall / AFP

Une trentaine d'ateliers ferment leurs portes
De jeunes bohèmes squattaient et installaient leurs ateliers dans des bâtiments désaffectés, parfois totalement incongrus : des brasseries, des églises, des bains-douches, des magasins... Dans le Tacheles, une quarantaine d'artistes venus de tous les pays d'Europe occupaient en permanence une trentaine d'ateliers dispersés sur les cinq étages et s'étendant sur 1.250 m2.

Avec le déménagement du gouvernement allemand de Bonn à Berlin à l'été 1999, la métropole allemande, redevenue capitale dès 1991, a vu arriver de nouveaux habitants un peu plus fortunés, politiques, journalistes, lobbyistes.

"Et on a vendu les immeubles délabrés à des investisseurs qui les ont rénovés après en avoir chassé les anciens occupants. Ils les ont reloués bien plus cher", explique Harriet Häussler.

L'intérieur du Tacheles, Berlin (2010)

L'intérieur du Tacheles, Berlin (2010)

© MUHS/CARO FOTOS/SIPA
 

Le bâtiment va être vendu
La population de Berlin a recommencé à croître en 2005, et avec la Coupe du Monde de football en 2006, la capitale est devenue à la mode, les touristes ont afflué. Ils occupent désormais de nombreux appartements pour le week-end où une semaine, ce qui a fait monter les prix au centre-ville.

Le Tacheles est le dernier vestige d'une vaste galerie commerciale en béton construite en 1909 et partiellement rasée. Suite aux problèmes financiers du dernier propriétaire, le principal  créancier du Tacheles, la HSH Nordbank, a décidé de le vendre, mais devait pour cela le vider entièrement.

Les artistes s’en vont donc, après un combat juridique qui a duré des années.

Le bâtiment abritait des ateliers et aussi plusieurs galeries, un cinéma, un restaurant et un bar (le « Zapata »). L’esprit contestataire du lieu s’était déjà en partie émoussé, le Tacheles étant devenu une véritable attraction touristique visitée par 400.000 personnes venant du monde entier tous les ans.