AKAA au Carreau du temple : l'art africain fait salon à Paris

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/11/2016 à 20H30
Le salon AKAA d'art africain au Carreau du Temple, Paris, 10 novembre 2016

Le salon AKAA d'art africain au Carreau du Temple, Paris, 10 novembre 2016

© photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions

Le premier salon parisien d'art et de design africain, AKAA (Also Known As Africa), ouvre ses portes vendredi au Carreau du Temple, avec 30 galeries, africaines ou pas mais ne présentant que des artistes africains ou travaillant sur l'Afrique. Une manifestation qui vise à leur ouvrir davantage le marché de l'art et aussi à les faire découvrir à un large public (du 11 au 13 novembre 2016).

Prévue l'an dernier, la première édition d'AKAA avait été annulée après les attentats de novembre à Paris. Cette année, elle se déploie dans l'espace du Carreau du Temple, où l'on entre sous une œuvre monumentale faite de tentures suspendues, décorées de calligraphies arabes, de l'artiste algérien Rachid Koraïchi (représenté par l'October Gallery de Londres).
 
Pourquoi monter un salon d'art africain à Paris ? La fondatrice et directrice d'AKAA Victoria Mann dit sa démarche "confortée par les nombreux événements qui ont mis l'Afrique à l'honneur" ces dernières années. Elle cite les Magiciens de la Terre (Centre Pompidou et La Villette en 1989) et Africa Remix (au Centre Pompidou en 2005). Elle veut "présenter une Afrique plurielle sans frontières" et rassembler à AKAA "une grande diversité d'artistes", faire de Paris "le lieu incontournable de cette scène artistique" africaine.
Paul Ndema, "St Sebastian", 2015

Paul Ndema, "St Sebastian", 2015

© Asteria Malinzi. Courtesy art Paul Ddema et Circle Art Gallery


30 galeries et 123 artistes

AKAA est une foire d'art contemporain et de design : "Nous travaillons pour la construction d'un marché. Ce qui nous importe, c'est l'équilibre économique de nos exposants", dit Victoria Mann. Toutefois, il y a un souci de pédagogie et 27 œuvres du salon sont commentées sur un audioguide disponible gratuitement sur smartphone.
 
30 galeries dont 13 d'Afrique sont présentes dans ce petit salon, quasi familial, où elles proposent le travail de 123 artistes, sculptures, peintures, dessins, photos.
 
Parmi les galeries strictement africaines, il y a la Circle Art Gallery de Nairobi, qui expose par exemple l'artiste ougandais Paul Ndema et ses autoportraits engagés, comme ce "Saint Sebastian" érotisé, une œuvre provocante dans son pays où l'homosexualité est réprimée.
 
L'Atelier 21, à Casablanca, travaille avec des artistes marocains installés au Maroc ou ailleurs. Hassan Hajjaj a créé un drapeau américain avec des canettes de Coca, "M.U.S.A" (Muslims of United States), une œuvre dédiée aux musulmans vivant aux Etats-Unis. Il s'inspire des photographes de studio africains pour un portrait coloré sur un scooter, entouré d'une frise de cubes Maggi.
Hassan Hajjaj, "M.U.S.A., 2009

Hassan Hajjaj, "M.U.S.A., 2009

© Hassan Hajjaj, courtesy L'Atelier 21


Des galeries françaises qui représentent des africains

On a aussi pas mal de galeries françaises, comme la parisienne KO21. Elle présente les broderies du Congolais Gastineau Massamba, qui convoquent à la fois la sculpture traditionnelle de son pays et la Sécession viennoise pour de grands tableaux étonnants, mélange de douceur et de petites fleurs, de têtes de mort et d'armes fatales.
 
L'Algérien Kamel Yahiaoui travaille à partir d'objets, "des choses qui ont une histoire, pour faire un état des lieux de ce qui se passe dans le monde". Pour évoquer les enfants soldats et leur "enfance détournée", un petit frigo est rempli de munitions, un distributeur de bonbons distribue des balles. Ses "Pains d'Alep", des paniers à pain anciens, se transforment en cercueils.

La galerie Clémentine de la Feronnière, spécialisée dans la photographie, vend aussi bien les travaux d'un Africain comme le célèbre Ghanéen James Barnor que ceux de l'Italien Marco Barbon sur Asmara (Erythrée). Le premier, portraitiste de studio et photographe de la vie quotidienne à Accra, est devenu un spécialiste précurseur de la couleur à Londres avant de retourner dans son pays pour y ouvrir le premier laboratoire couleur. Le second a cherché dans la capitale de l'Erythrée construite par les Italiens dans les années 1950-1960 une espèce de Rome africaine restée hors du temps, entre réel et imaginaire.
James Barnor, Erlin Ibreck, modèle de couverture de Drum, Londres, 1966

James Barnor, Erlin Ibreck, modèle de couverture de Drum, Londres, 1966

© James Barnor


Bandjoun Station, une résidence d'artistes au Cameroun

Il y a aussi au Carreau du Temple plusieurs projets qui visent au rayonnement des artistes en Afrique, baptisés "Special Projects". Bandjoun Station, installé sur les hauts plateaux de l'Ouest du Cameroun, qui propose des résidences d'artistes, des expositions, des spectacles et des concerts. Il expose la collection de l'artiste Barthélémy Toguo (invité à la biennale de Venise en 2015), une collection ouverte sur le reste de l'Afrique et le monde entier puisqu'on peut voir sur le stand du projet deux gravures de David Lynch. Bandjoun Station a aussi des activités agricoles et vend du café pour se financer.
 
Autre projet, celui d'AAD (African Art for Development), une ONG qui associe des artistes africains à des projets de développement (c'est elle qui avait organisée au moment de la COP 21 à Paris l'exposition Lumières d'Afrique). Depuis 2011, elle fait intervenir des chorégraphes dans les camps de réfugiés d'Afrique subsaharienne pour que ses résidents se réapproprient leur patrimoine et s'en inventent un autre.
 
Tout le week-end, des rencontres et des dédicaces seront organisées avec les artistes invités (voir le programme sur le site d'AKAA).