Affaire Picasso : 2 ans avec sursis requis contre les époux Le Guennec en appel

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 31/10/2016 à 11H46
Le couple Le Guennec le 31 octobre 2016 au Tribunal d'Aix-en-Provence.

Le couple Le Guennec le 31 octobre 2016 au Tribunal d'Aix-en-Provence.

© BORIS HORVAT / AFP

Deux ans de prison avec sursis ont été requis lundi devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence contre le couple de retraités poursuivis pour le recel de 271 œuvres de Picasso, conservées une quarantaine d'années dans leur garage. Le jugement sera rendu le 16 décembre.

Ces réquisitions correspondent aux condamnations de l'ex-électricien Pierre Le Guennec et de son épouse Danielle en première instance par le tribunal correctionnel de Grasse en mars 2015.

"Je ne crois pas à la version du don", soutenue par les prévenus, a affirmé lundi l'avocat général Christophe Raffin, confirmant "largement" le jugement de 2015. "Je pense que c'est une soustraction à un Pablo Picasso vieillissant et à Jacqueline, plus que jamais focalisée sur son mari." "On peut se demander si ce qu'on nous a présenté comme vérité aujourd'hui n'est pas encore un mensonge", a-t-il poursuivi. "M et Mme Le Guennec, sur plusieurs points vous avez menti", a-t-il lancé.

Le procès en appel de l'ancien électricien, Pierre Le Guennec, et son épouse Danielle, condamnés en 2015 à deux ans de prison avec sursis pour le recel de 271 œuvres de Picasso, a débuté ce lundi 31 octobre à Aix-en-Provence. Pierre Le Guennec y a présenté une nouvelle version des faits.

La cour d'appel examine de nouveau l'affaire de ces retraités de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), qui avaient entreposé des œuvres du maître durant quarante ans dans leur garage. Pierre et Danielle Le Guennec ont été reconnus coupables en mars 2015 de "recel de biens provenant d'un vol" par le tribunal de Grasse.

Une toute nouvelle version situant les faits après la mort de Picasso 

"Madame Picasso Jacqueline avait des problèmes avec Claude Picasso", a déclaré Pierre Le Guennec en début d'audience, la voix tremblante et l'expression maladroite. Quelques mois après le décès de Monsieur Picasso, "elle m'a demandé de bien vouloir mettre chez moi en réserve des sacs poubelle", qu'il chiffre entre 15 et 17. Un temps indéterminé après, elle lui aurait demandé de lui rendre, et lui aurait dit de garder le dernier en disant : "Gardez-le, c'est pour vous."

Jusqu'à présent, les époux Le Guennec avaient affirmé avoir obtenu le sac des époux Picasso en 1971 ou 1972, donc avant la mort du peintre en 1973. Eric Dupont Moretti, avocat des prévenus, a affirmé n'avoir obtenu cette version de son client il y a seulement quelques jours, "difficilement" et a demandé un complément d'information, une demande qui a été rejetée par l'accusation. Pierre Le Guennec a indiqué qu'il s'agissait "peut-être" de faire échapper ces sacs à l'inventaire de succession et a affirmé ne pas avoir dit la vérité plus tôt par "peur qu'on m'accuse ainsi que madame d'avoir volé ces sacs".

L'ancien électricien a également avoué, contrairement à ce qu'il avait  affirmé jusqu'à présent, avoir été aidé par son beau-frère dans la rédaction des descriptifs d'oeuvres.

La version des faits lors du procès en première instance

L'électricien, qui avait travaillé pour Picasso entre 1970 et 1973, soutient que les 271 oeuvres, qui datent de 1900 à 1932, empilées dans un carton durant quarante ans, sont un cadeau de Jacqueline Picasso, dernière épouse de l'artiste, offert en 1971 ou 1972 dans son mas de Mougins, en remerciement de leur dévouement. "On est des gens honnêtes", avait plaidé le couple en décidant de faire appel de leur condamnation. Les œuvres, non signées ni inventoriées au moment du décès du peintre en 1973, avaient refait surface lorsque Pierre Le Guennec s'était présenté à Claude Picasso afin d'en faire authentifier 180 ainsi qu'un carnet de 91 dessins. Les héritiers avaient aussitôt porté plainte.

Durant le procès en première instance, les témoignages de proches et  d'experts de Picasso ont tous convergé pour détruire la thèse d'un don. D'autant, ont fait valoir ses héritiers, que Pablo Picasso avait l'habitude de dédicacer et signer les œuvres qu'il offrait et qu'il n'en donnait jamais une telle quantité. L'enquête n'avait toutefois pas permis d'établir formellement l'identité de l'auteur du ou des vols. Le tribunal avait décidé de remettre les oeuvres au fils de l'artiste, Claude Ruiz-Picasso, représentant les six héritiers au  procès.

Peine maximale encourue : cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende 

Le ministère public avait requis cinq ans de prison avec sursis à l'encontre du couple estimant que les époux septuagénaires avaient porté préjudice à "la confiance" et à "la mémoire" de Pablo Picasso. Pour le procureur Laurent Robert, Pierre le Guennec a été un pion manipulé par des marchands d'art véreux, tentant d'écouler des oeuvres initialement volées par son cousin "Nounours", ex-chauffeur de Picasso. Le parquet avait également fait  appel. L'audience lundi 31 octobre devant la Cour d'appel est prévue sur une journée. Les  prévenus encourent une peine maximale de cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende ou la moitié de la valeur des biens recelés.