2014, une année très faste pour les enchères d'art

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/02/2015 à 09H04
Trois des "Six autoportraits" d'Andy Warhol en vente chez Sotheby's à New York en mai 2014. Warhol est la star absolue des enchères en 2014.

Trois des "Six autoportraits" d'Andy Warhol en vente chez Sotheby's à New York en mai 2014. Warhol est la star absolue des enchères en 2014.

© Emmanuel Dunand / AFP

2014 a été une année exceptionnelle pour les enchères d'œuvres d'art dans le monde avec un chiffre d'affaires historique, en hausse de 26% sur un an et un nombre record de ventes supérieures à un million de dollars.

La Chine conserve de peu sa première place devant les Etats-Unis, dans un marché tiré par la multiplication des musées, selon le rapport annuel d'Artprice, leader mondial des données sur ce secteur, transmis en exclusivité  à l'AFP.
 
Avec un chiffre d'affaires de 15,2 milliards de dollars (13,5 milliards d'euros) contre 12,5 en 2013, les enchères publiques d'art dans le monde ont atteint l'an dernier un niveau record, en progression de 300%.
              
Ce boom s'accompagne d'un taux d'invendus de 37% en Occident et de 54% en  Chine, qui "démontre l'absence de spéculation", selon Thierry Ehrmann, président-fondateur d'Artprice.com, dont le rapport a été réalisé en partenariat avec le conglomérat institutionnel chinois Artron. Sont exclus de ces données les antiquités, les biens culturels anonymes et le mobilier. 
              
Un record d'enchères au-dessus du million de dollars
 
L'année 2014 a également été marquée par un record de 1.679 enchères supérieures ou égales à un million de dollars, soit quatre fois plus qu'il y a dix ans. 25 oeuvres ont été vendues 10 millions de dollars ou plus (hors frais), contre seulement 18 en 2005.
              
Talonnée par les Etats-Unis, la Chine reste en tête avec un chiffre d'affaires de 5,6 milliards de dollars (incluant Hong Kong et Taïwan), en baisse de  5% par rapport à 2014. Malgré ce ralentissement, elle l'emporte sur son rival américain, notamment "parce qu'elle dispose du plus grand marché d'oeuvres anciennes", note Thierry Ehrmann.
 
2014 a été exceptionnelle aux Etats-Unis avec une progression de 21% à 4,8 milliards de dollars. Belle performance également de la Grande-Bretagne (+ 35%), qui conforte sa troisième position avec 2,8 milliards de dollars.
              
Le marché tiré par la demande des musées
 
"La demande est constante et agressive, et ce sur tous les continents,  souligne Thierry Ehrmann, notamment grâce à l'industrie muséale".
              
"Il s'est créé plus de musées entre 2000 et 2015 que durant tout le 19e et le 20e siècle et il s'ouvre dans la Grande Asie, un musée par jour", écrivent le président-fondateur d'Artprice.com et le président du groupe Artron, Wang Jie. Or, ajoutent-ils, "un musée a besoin d'un minimum de 3.000 à 4.000 oeuvres de qualité pour être crédible."
              
Si les enchères dépassant le million de dollars ne représentent que 0,4% du marché, elles sont "essentielles pour que perdure la puissance des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne", souligne le rapport. 83 des 125 adjudications à dix millions de dollars ou plus ont été réalisés  aux Etats-Unis. Ces ventes représentent seulement 1% des lots dispersés mais  75% du volume d'affaires américain.
              
La  barre du milliard bientôt franchie ?
 
L'une des enchères les plus spectaculaires a concerné un tableau de 1961 de l'Américain Barnett Newman ("Black Fine 1"), estimé 39 millions de dollars et vendu 75 en mai chez Christie's. Le très haut de gamme a aussi dopé le marché britannique où les oeuvres cédées plus d'un million ont représenté 67% des ventes.
              
Selon Artprice, le marché, après avoir atteint les 100 millions de dollars pour une oeuvre dans les années 2000, est à la veille d'un nouveau changement d'échelle. Début février, un collectionneur suisse a cédé en vente directe une toile de Gauguin pour 300 millions de dollars, selon le New York Times. La barre du milliard pourrait être franchie prochainement, estime Artprice.
              
Alors qu'"il y a 20 ans, l'Amérique et l'Europe représentaient plus de 95%" des ventes, explique Thierry Ehrmann, le marché de l'art est désormais "présent sur tous les continents sans exception". Il "devient un investissement à part entière, fiable, stable dans le temps et beaucoup moins sujet à des retournements violents que le marché actions".
 
Warhol en haut du palmarès
 
Au palmarès des artistes, Andy Warhol superstar : le montant pour les oeuvres du créateur du Pop Art vendues aux enchères l'an dernier dans le monde a atteint 569 millions de dollars (hors frais) soit 501 millions d'euros au cours actuel, le chiffre le plus important jamais réalisé par un artiste sur un an.
              
L'Américain devance ainsi très largement Pablo Picasso (375 millions  dollars), selon le classement réalisé par Artprice où figurent cinq Européens, trois Américains et deux Chinois. "Grand gagnant, il réalise le meilleur produit des ventes aux enchères de tous les temps", selon ce rapport.
              
Le Britannique Francis Bacon est en troisième position (270 millions), suivi par l'Allemand Gerhard Richter (254 millions), l'Américain Marc Rothko (249  millions) et Claude Monet (222 millions). Le Chinois Qi Baishi occupe la 7e place (206 millions), devançant de peu  Alberto Giacometti (205 millions) qui est suivi par un autre Chinois Zhang  Daqian (193 millions). Le très polémique Jeff Koons, seul artiste vivant de la liste avec Richter, est à la 10e place (149 millions). 
              
L'art moderne toujours le plus recherché
 
Si les prix flambent pour l'art contemporain, l'art moderne (artistes nés entre 1860 et 1920) est toujours le plus recherché. Il a enregistré globalement une année record à 4,1 milliards de dollars, avec des prix en hausse de 31,6%  sur la décennie.
              
Il est suivi par l'art d'après-guerre (artistes nés entre 1920 et 1945) dont les prix ont progressé de 39,3% en dix ans, puis par l'art contemporain (+55,8%). En 4e position, l'art ancien (artistes nés avant 1760) a vu ses prix  baisser de 13,3% sur la décennie, tandis que ceux de l'art du 19e siècle ont chuté de 23,1%.