Mitterrand épingle Filippetti et la politique culturelle des socialistes

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/07/2013 à 14H22
Un an après la cordiale passation de pouvoirs entre Frédéric Mitterrand et Aurélie Filippetti au ministère de la Culture (17 mai 2012), l'heure n'est plus aux applaudissements...

Un an après la cordiale passation de pouvoirs entre Frédéric Mitterrand et Aurélie Filippetti au ministère de la Culture (17 mai 2012), l'heure n'est plus aux applaudissements...

© Chesnot / Sipa

Pour l'ex-ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, Aurélie Filippetti, qui lui a succédé en mai 2012, a une "approche totalement dogmatique de la culture", alors que de manière générale, les "socialistes n'ont pas de vision culturelle"... Le neveu de l'ancien président PS de la République s'est exprimé dans les colonnes du "Figaro".

Il se taisait depuis plus d'un an. Frédéric Mitterrand parle enfin et ça ne passe pas inaperçu. À l'origine de son malaise, des remplacements de directeurs d'institutions et établissements culturels. Dans une interview au "Figaro", le prédécesseur d'Aurélie Filippetti évoque d'abord les départs du directeur du Musée Guimet Olivier de Bernon, celui du Centre national du livre (CNL) Jean-François Colosimo, ou encore celui du directeur du Centre dramatique national de Montpellier (CND) Jean-Marie Besset - "le détonateur" de sa montée aux créneaux, et assène : "Il y a quelque chose de systématique dans les remplacements, ce qui n'est pas bien." Fin juin, le dramaturge Jean-Marie-Besset, qui en a appelé jusqu'aux instances européennes, a publié une lettre ouverte dans laquelle il critiquait "la violence, l'injustice, la pensée unique" de la ministre de la Culture.

La "féodalité" est de retour, accuse l'ancien ministre de la Culture
"Qu'un ministre change son cabinet relève du cours normal des choses, il n'y a rien à redire à cela. Changer les grands directeurs d'administration, c'est déjà plus aléatoire. Normalement, la continuité républicaine devrait jouer", estime-t-il, mettant en avant qu'il "ne travaillait presqu'avec des gens de gauche". Exprimant son "sentiment d'une grille dogmatique" et d'un retour à un esprit de "féodalité", il assène, oubliant peut-être que les limogeages indélicats ne sont pas forcément l'apanage de la gauche : "J'étais impartial. Ce n'est plus le cas Rue de Valois."

Aurélie Filippetti "fait montre d'une approche totalement dogmatique de la culture", accuse Frédéric Mitterrand, qui reproche également à l'actuelle ministre l'abandon de la création du Centre national de la musique en tant qu'établissement public, alors qu'il existait "un large consensus" sur ce dossier. "Je ne comprends, ni accepte ce geste." En juin 2012, Aurélie Filippetti avait justifié sa décision en soulignant que le centre n'avait pas été "budgété" par le précédent gouvernement.

"François Hollande ne s'intéresse pas à la culture", selon Frédéric Mitterrand
Commentant la part du budget qui revient à la Culture, "à peine 1% du budget de l'Etat", Frédéric Mitterrand juge que le président François Hollande "ne s'intéresse pas à la Culture, ce n'est pas dans son ADN". Et de lancer avec le lyrisme qui fait sa griffe : "Qu'on le veuille ou non, le ministre de la Culture, ce n'est pas le ministre de la Sécurité sociale, mais celui des artistes."

Pour un "retour d'une droite pompidolienne"
"Les socialistes n'ont tout simplement pas de vision culturelle", estime encore l'ancien ministre (2009-2012), qui "aspire au retour d'une droite pompidolienne, attentive et modérée" au pouvoir et qu'il voit incarnée en François Fillon, l'ancien Premier ministre UMP de Nicolas Sarkozy, mais aussi par l'ancien ministre socialiste (et secrétaire général de l'Elysée sous l'ère François Mitterrand) "Hubert Védrine et d'autres, des gens qui peuvent diriger notre pays avec sagesse", conclut-il.