Marché de l'art : les Etats-Unis devant la Chine pour les enchères publiques

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/08/2015 à 15H38
Vente des "femmes d'Alger" de Picasso chez Christie's à New York (11 mai 2015)

Vente des "femmes d'Alger" de Picasso chez Christie's à New York (11 mai 2015)

© Kathy Willens / AP / SIPA

La Chine n'est plus le leader mondial des enchères publiques d'œuvres d'art : elle a été détrônée par les Etats-Unis, en pleine croissance, et elle est aussi talonnée par le Royaume-Uni, selon le rapport semestriel d'Artprice.

"Un rebond inattendu alors que, année après année, la Chine semblait conforter sa place de numéro un", souligne Thierry Ehrmann, président-fondateur d'Artprice, leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l'art.
 
Dopé par un dollar fort, le marché américain a connu sur les six premiers mois de 2015 une progression de 20% (pour un nombre de lots vendus en hausse de  2%). Quelque 30% du chiffre d'affaires mondial et 12% des adjudications ont été réalisés par les Etats-Unis, où les ventes se sont élevées à 2,8 milliards de dollars, près d'un milliard de plus que la Chine (1,9 milliard), révèle le rapport d'Artprice, dont l'AFP a obtenu l'exclusivité
              
Le boom américain s'inscrit dans une croissance de 9% du marché occidental. Le nombre de lots ayant baissé de 6%, "la moyenne des prix passe de 29.000 à  34.000 dollars", indique Artprice.

Ralentissement des ventes chinoises   

Au niveau mondial, le nombre de lots a chuté de 17% et le produit des adjudications a reculé de 5%, passant de 8 à 7,6 milliards de dollars, essentiellement en raison du repli chinois.
             
Après avoir considérablement progressé (+ 214%) entre 2009 et 2014, les ventes chinoises (incluant Hong Kong et Taïwan) ont connu un fort ralentissement au premier semestre 2015 : -39% pour le nombre de lots et -30%  pour le produit des ventes, selon les chiffres collectés par le groupe public chinois Artron, partenaire institutionnel d'Artprice.
 
Une chute qui s'explique par le ralentissement de la croissance économique mais surtout par les mesures anti-corruption qui ont rendu les investisseurs très prudents. Ces mesures paralysent d'autant plus les ventes qu'elles n'ont pas de définitions légales strictes, explique Artprice.
              
La baisse est également le signe d'un repositionnement du marché : après des achats très spéculatifs dans les années 2006-2008, les investisseurs choisissent des oeuvres moins risquées.
              
"Le marché de l'art en Chine est principalement un marché intérieur",  souligne Thierry Ehrmann.

La France totalement hors jeu             

Du coup, la Chine voit sa deuxième place menacée par la Grande-Bretagne, dont le produit de ventes progresse de 6%, après une spectaculaire croissance en 2014 (+35%). Sur le premier semestre, le total des adjudications britanniques atteint 1,9 milliard de dollars et l'écart entre les deux pays est inférieur à 100 millions. 
              
A l'inverse, la France est totalement décrochée avec 243 millions de  dollars de ventes, soit 16% de moins que lors de l'exercice précédent. Son chiffre d'affaires semestriel représente seulement 8% des ventes américaines et 12,7% des ventes britanniques.
              
"On peut dire qu'une seule vente cataloguée de prestige de 1h30 à Londres ou New York équivaut à une année de ventes en France", explique le fondateur d'Artprice.

New York en tête pour les œuvres de haut de gamme           

New York, qui organise la quasi-totalité des ventes américaines, est plus que jamais la première place pour les oeuvres de haut de gamme. Elle a enregistré 46 enchères supérieures à 10 millions de dollars, plus de la moitié de celles relevées dans le monde.
              
Emblématique de cette évolution, la vente du 11 mai "Looking forward the past" chez Christie's a cumulé les records : plus haute moyenne d'adjudications  (18,4 millions de dollars), sculpture la plus chère au monde en enchère  publique ("L'homme au doigt" d'Alberto Giacometti) et oeuvre la plus chère au  monde en vente publique ("Les femmes d'Alger" de Pablo Picasso).
 
Autre tendance, la montée en puissance de "l'industrie muséale" (musées, fondations, centres d'art...), qui, selon une étude Artprice, acquiert 22% des oeuvres adjugées à plus de 50.000 dollars.
              
Artprice gère plus de 30 millions d'indices et de résultats de ventes  représentant plus de 592.000 artistes.