Journée de mobilisation pour les otages: les créateurs et le reportage de guerre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/02/2014 à 11H43
Scène du film "La Déchirure" de Roland Joffé (1984)

Scène du film "La Déchirure" de Roland Joffé (1984)

© Distributeur : Opening - Editeur DVD : Fox Pathé Europa (FPE)

Ce 6 février marquera une nouvelle mobilisation européenne de soutien aux journalistes otages en Syrie, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres enlevés en juin 2013. France Télévisions organise une soirée sur le thème des grands reporters. Culturebox vous propose le regard de grands créateurs, écrivains, cinéastes, photographes ou dessinateurs sur le reportage de guerre.

Le grand reportage : Joseph Kessel, reporter, écrivain et aventurier

Joseph Kessel incarne la figure du grand reporter. Ce fils de médecin juif lituanien s'engage très jeune sur la double voie du reportage et du combat, avant de devenir un grand romancier. Il a combattu en 14, couvert la guerre civile irlandaise, la traite négrière en Mer rouge, la guerre d'Espagne… Résistant  pendant la seconde guerre mondiale, il était l'ami de Saint-Exupéry, de Monfreid, de Malraux. Son travail de reporter de terrain  fut à la source de son inspiration d'écrivain, l'infatigable aventurier élevant avec sa plume le reportage au rang de littérature. Tous ses reportages sont consignés dans un ouvrage sous le beau titre de "Témoin parmi les hommes", réédités en 6 tomes aux éditions Taillandier.

En mai 1940, alors que les journalistes sont cantonnés à Paris, Kessel décide de prendre la route avec son photographe. Il travaille alors pour Paris-Soir et quitte Paris sans autorisation pour rendre compte de la débâcle. Un peu plus tard,  il se débrouille, toujours contre les ordres de Paris, pour embarquer sur un bateau qui participe à l'évacuation des troupes alliées à Dunkerque.
Joseph Kessel en 1948

Joseph Kessel en 1948

© Pinn Hans / Wikimédia Commons
"Derrière cette ronde fantastique, derrière le premier rideau de fer que nourrissaient le mazout, le pétrole et l'essence en flammes, la ville n'était que ruines et décombres calcinés, embrasés, tordus, pulvérisés. Un carrousel incessant de jour et de nuit avait déversé sur Dunkerque les bombes explosives et les bombes incendiaires. Sauf quelques pans de murs, il ne restait rien debout.
Or, des milliers de femmes et d'enfants désarmés vivaient encore dans ce massacre d'une cité. Blottis dans les caves, sans vivres ni eau, ces malheureux écoutaient gronder l'enfer au-dessus d'eux. Quand ils sortaient quelques instants pour essayer de se procurer la plus maigre des subsistances, ils ne reconnaissaient plus la forme des rues, des places, des carrefours. Et, partout, il y avait des morts. Et partout gémissaient des blessés. Et partout les soldats des Flandres, sous les bombes et les obus, se dirigeaient vers les plages et, couchés dans les dunes, attendaient l'improbable sauvetage."


(Extrait de Témoins parmi les hommes – L'heure des châtiments- Reportages 1938-1945, éditions Taillandier, collection Texto, dirigée par Jean-Claude Zylberstein).


La photo : Robert Capa, icône du photojournalisme de guerre

Pionnier du photojournalisme de guerre, Robert Capa, né en 1913 à Budapest, a couvert les plus grands conflits de son époque. Il est surtout célèbre pour son travail en Espagne (1936-1939), dont une partie a été retrouvée récemment, dans la fameuse "valise mexicaine". Il y documente la guerre civile du côté des républicains, au plus près des combats. Sa photo la plus célèbre, "Mort d’un soldat républicain", où un milicien est saisi en train de tomber alors qu’il a été touché par une balle, est contestée. On l’a accusé d’avoir fait une mise en scène. La compagne de Capa, Gerda Taro, première femme photographe morte à la guerre, est écrasée par un char près de Madrid en juillet 1937.
Légende : Robert Capa sur le front de Ségovie, mai 1937, par Gerda Taro, exposition "Robert Capa et Gerda Taro" à Milan 2009 

Légende : Robert Capa sur le front de Ségovie, mai 1937, par Gerda Taro, exposition "Robert Capa et Gerda Taro" à Milan 2009 

© Matt Corner / EMMEVI PHOTO / MAXPPP
Après l’Espagne, Capa suit la guerre sino-japonaise, le front d’Afrique du Nord en 1942, le débarquement en Normandie et la Libération de Paris. Il cofonde l’agence Magnum en 1947. Capa meurt l’appareil photo à la main, en sautant sur une mine en 1954 en Indochine. Il cherchait toujours à photographier au plus près de l’action.


Le film : "La déchirure" de Roland Joffé (1984)

Sorti sur les écrans en 1984, « La Déchirure » (« The Killing Fields » en VO) retrace la véritable histoire du reporter de guerre américain Sidney Schanberg qui fut l’un des derniers à rester au Cambodge après la prise de Phnom Pehn par les Khmers rouges en 1975.  Son guide, Dith Pran est fait prisonnier et envoyé dans un camp de travail khmer où il subit mille souffrances. Schanberg, revenu aux Etats-Unis, décide de retourner au Cambodge pour retrouver son assistant.
Extrait de "La Déchirure" de Roland Joffé © Distributeur : Opening - Editeur DVD : Fox Pathé Europa (FPE)
A sa sortie, ce premier film de Roland Joffé fit l’effet d’une bombe, en relatant un fait peu connu de la dictature au Cambodge, la détermination de Dith Pran à survivre dans un milieu hostile, et le courage de Sidney Schanberg pour libérer celui qui était devenu plus que son assistant, son ami. Dith Pran parviendra à s’enfuir du Cambodge par la Thaïlande et rejoindra les Etats-Unis, où il deviendra photojournaliste au New York Times auprès de Sidney Schanberg, Prix Pulitzer en 1976. Dith Pran décédera en en 2008.
Le film est adapté de « The Death and Life of Dith Pran » de Schanberg qui retrace le destin de son assistant dans les camps cambodgiens. « La Déchirure » bénéficie d’une belle distribution, avec Sam Waterston (acteur régulier de Woody Allen, « La Porte du paradis »…) dans le rôle de Schanberg. Dith Pran est interprété par Haing S. Ngor, médecin qui vécut sous la dictature de Pol Pot et subit un sort semblable à Dith Pran. Il fut abattu par un gang à Los Angeles en 1996. Deux autres grands acteurs faisaient alors leurs débuts à l’écran : John Malkovich et Julian Sand. 

Curieusement ignoré par les Oscars en 1985, « La Déchirure » fut sacré Meilleur film étranger aux César, et reçut huit Bafta (les Oscars britanniques).   


La BD : Joe Sacco, inventeur d’une profession, BD reporter

Joe Sacco : cherchez sa silhouette décontractée, le cheveu court et d’épaisses lunettes rondes qui lui masquent les yeux. Il y a de fortes chances que vous le trouviez représenté dans ses propres histoires, dans l’exercice de son métier : BD reporter. Sac en bandoulière et carnet de notes à la main, il scrute, interroge, remonte dans le temps, vérifie sans cesse et dessine, beaucoup. Rend compte mais fait aussi partager au lecteur les « coulisses » et l’envers d’un métier.
Joe Sacco, « Reportages » © Joe Sacco - Futuropolis
Engagé, Joe Sacco est sur les fronts qu’il a choisis (« je me soucie surtout de ceux qui ont rarement l’occasion d’être entendus ») : la Palestine, l’ex-Yougoslavie, la Tchétchénie, l’Irak, ou même l’île de Malte dont il est originaire et où il revient pour s’intéresser aux migrants clandestins venus d’Afrique. Subjectifs, ses dessins ? Joe Sacco conclut : « pour le meilleur ou pour le pire, la BD est un médium inflexible, qui m’a obligé à faire des choix ».

Joe Sacco, « Reportages », Futuropolis, 2011


Le jeudi 6 février à 21h15 : « Profession : reporter de guerre » sur France TV Info
France Télévisions se mobilise pour consacrer toute une soirée aux journalistes otages en Syrie. Didier François (grand reporter à Europe 1), Edouard Elias (photographe), Nicolas Hénin (Le Point, Arte) et Pierre Torres (photographe indépendant) ont tous les quatre en commun de partager une même exigence, celle du métier de reporter de guerre. Un métier fait autant de passion que de sang-froid. Quels sont ses risques, ses méthodes, son histoire? Qui sont les nouveaux cybers reporters dans les zones de guerre ?

Les journalistes otages en Syrie : Didier Francois, Edouard Elias, Pierre Torres et Nicolas Henin

Les journalistes otages en Syrie : Didier Francois, Edouard Elias, Pierre Torres et Nicolas Henin

© AFP PHOTO / CHRIS HUBY / HAYTHAM PICTURES / TORRES FAMILY / BENOIT SCHAEFFER

Autour des proches des quatre journalistes, du comité de soutien (Florence Aubenas, Serge July) et de RSF, de nombreuses personnalités des chaînes de France Télévisions (Elise Lucet, Françoise Joly, Guilaine Chenu, Benoît Duquesne, Francis Letellier, Etienne Leenhardt, Julian Bugier) mais aussi des ex otages, des responsables de presse viendront répondre en direct aux questions posées par les internautes sur le site de francetvinfo.fr qui diffusera cette soirée à partir de 21h15. Toutes les réponses aux questions d’internautes, jeudi 6 février à partir de 21h30 en direct sur france tv info

La mobilisation pour les otages sera également relayée dans le journal de 20H de France 2 et le Soir 3 de France 3.