Fleur Pellerin à la Culture, armée pour négocier le virage numérique

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/08/2014 à 20H16
Fleur Pellerin, 2 © ERIC FEFERBERG / AFP

La nouvelle ministre de la Culture Fleur Pellerin, ex-ministre déléguée aux PME et à l'Economie numérique, est bien placée pour aider les acteurs de la culture et des médias à s'adapter au numérique, mais risque d'être vite absorbée par le dossier explosif des intermittents.

Lors de son passage à l'économie numérique, de mai 2012 à avril 2014, cette quadra d'origine coréenne avait su convaincre les entrepreneurs du secteur par sa compréhension des enjeux, avec des initiatives comme le label French Tech.

Les dossiers Google, Amazon...

Rue de Valois, la remplaçante d'Aurélie Filippetti devra notamment défendre les acteurs audiovisuels contre les géants américains comme Google, Amazon ou Netflix, basés à l'étranger, dont les services en ligne échappent à la fiscalité française et aux obligations de financement de la création imposés  aux acteurs hexagonaux.

Face à la crise de la presse écrite confrontée au défi du basculement vers le numérique, elle devra se pencher sur une réforme des aides à ce secteur et les moyens d'éviter la fermeture des points de vente. Elle devra aussi prendre la suite de Mme Filippetti qui avait fait pression sur Google pour qu'il crée  un fonds d'aide à la presse écrite.

En décembre 2013, elle avait remplacé au pied levé Aurélie Filippetti, qui avait boycotté l'inauguration du nouveau centre culturel de Google à Paris pour "ne pas servir de caution" au groupe américain. Devant les responsables de Google, Fleur Pellerin avait tenu un discours ferme, réclamant au groupe américain davantage d'engagement pour la protection  des données personnelles et jugeant "inacceptable" sa stratégie d'optimisation fiscale, qui lui fait largement échapper aux impôts en France.

... et celui des intermittents du spectacle

Sa capacité d'écoute sera testée dans le dossier des intermittents du spectacle, en lutte contre la nouvelle convention chômage du 22 mars qui durcit  leurs règles d'indemnisation. La bombe d'un conflit meurtrier pour les grands festivals de l'été avait  été désamorcée in extremis en juin par le Premier ministre, contraint de voler au secours de sa ministre de la Culture. Manuel Valls a lancé une concertation qui a tenu une première série de réunions en juillet, tandis que les grands festivals se tenaient sans trop de  perturbations. Mais la concertation est au milieu du gué : certes, toutes les propositions sont sur la table et personne n'a claqué la porte, mais il reste à  formuler des "propositions concrètes d'ici la fin de l'année", comme l'a  demandé le Premier ministre.

Les travaux reprennent le 18 septembre, et le fossé entre les intermittents, qui réclament une renégociation de la convention chômage, et le Medef et les partenaires sociaux qui n'envisagent pas de rouvrir la négociation  avant l'échéance prévue de 2016 risque de se creuser. Faute de consensus, il  reviendra au trois médiateurs de faire des propositions. "Pour nous, le combat continue, peu importe le changement de gouvernement",  a souligné mardi la CGT Spectacle dans un communiqué. Grèves et annulations de  spectacles risquent de perturber la rentrée.

La réouverture du musée Picasso

Il lui reviendra aussi  d'inaugurer fin octobre le Musée Picasso, après des mois de guerre larvée au  sein de l'établissement et avec le ministère. Aurélie Filippetti a révoqué en  mai la présidente du musée Anne Baldassari, remplacée par Laurent Le Bon,  ancien directeur du Centre Pompidou-Metz., mais on ignore toujours si Mme  Baldassari acceptera de procéder à l'accrochage de l'exposition inaugurale.

Garantir le budget de la culture

Fleur Pellerin devra aussi s'assurer que les promesses de Manuel Valls de "garantir le budget de la culture pour les trois années à venir" sont bien  tenues, dans un contexte budgétaire serré. Aurélie Filippetti lui laisse par ailleurs plusieurs projets de loi non aboutis, sur la création et sur le patrimoine.

Ironie du sort, Manuel Valls a choisi pour remplacer Aurélie Filippetti une femme que l'ex-ministre percevait comme une rivale. Selon le Canard Enchaîné, lors du dernier festival de Cannes, Aurélie Filippetti serait intervenue auprès de Matignon pour empêcher sa consoeur du gouvernement de fouler le tapis rouge le même jour qu'elle.