Appel de 176 personnalités contre le démantèlement de la "jungle" de Calais

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/02/2016 à 17H02
L'entrée de la "Jungle" de Calais le 20 février 2016.

L'entrée de la "Jungle" de Calais le 20 février 2016.

© Julien Pitinome / NurPhoto / AFP

"Les bulldozers ne peuvent pas tenir lieu de politique" : dans un appel lancé lundi dans "Le Monde", 85 organisations et 176 personnalités, dont l'humoriste Guy Bedos, le cinéaste Laurent Cantet, la styliste Agnès B., le professeur Jacques Rancière et le musicien Rodolphe Burger, réclament l'annulation de l'arrêté d'expulsion des migrants campant dans la moitié sud de la "jungle" de Calais.

Une évacuation aussi vaine qu'inhumaine, selon les pétitionnaires 

"Les jours prochains, nous irons à Calais pour le clamer haut et fort: nous ne sommes pas condamnés à choisir entre la 'jungle' et sa destruction. Nous refusons de réduire la France à des barbelés et des bulldozers", écrivent les auteurs de ce texte publié lundi sur le site du quotidien "Le Monde".

Cette tribune est signée par 176 personnalités, dont l'humoriste Guy Bedos, la créatrice Agnès B., le cinéaste Laurent Cantet et le musicien Rodolphe Burger, ainsi que 85 organisations, parmi lesquelles la Cimade, la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le Syndicat de la magistrature. Elle a reçu le soutien des partis Europe Ecologie-Les Verts, Ensemble! et NPA.

La préfecture du Pas-de-Calais a pris vendredi dernier un arrêté ordonnant aux occupants (entre 800 et 1.000 selon les autorités, 3.450 pour des associations) de la zone sud du camp dit de la Lande de quitter les lieux d'ici mardi 20h00.

"Personne ne saurait accepter le maintien en l’état du bidonville de Calais, pas plus que du camp de Grande-Synthe (près de Dunkerque NDLR), ni d’aucun autre", écrivent les pétitionnaires. "Pour autant", poursuivent-ils, "il n'est pas question non plus de cautionner l'évacuation annoncée, non seulement parce qu'elle est inhumaine, mais aussi parce qu'elle ne résoudra rien".

Ils dénoncent le but inavoué : rendre la vie invivable aux réfugiés

Les signataires soulignent que "dans ces quelques kilomètres carrés" de ce bidonville sont nés peu à peu des espaces de vie sociale - cafés, épiceries, écoles de fortune etc. "Qu’est-ce qui justifie de raser tout cela ?", s'interrogent-ils. "Le ministre veut convaincre que c’est pour le bien des occupants. En réalité, c’est une politique de dissuasion : rendre la vie invivable aux réfugiés", estiment-ils.

Ils critiquent les conteneurs du centre d'accueil provisoire (CAP) aménagé à proximité du campement. "Le fait est qu'il s'agit de cabanes de chantier, avec dans chacune des lits superposés pour douze personnes, où l'on ne peut qu'être debout ou couché; toute installation de mobilier y est interdite, toute intimité impossible", affirment-ils.

Ils estiment aussi que les 102 centres d'accueil et d'orientation (CAO) mis en place en France pour désengorger Calais "ont été conçus comme des solutions à très court terme; après leur fermeture, qu'adviendra-t-il des personnes qui y auront été envoyées?".

"On feint de s’attaquer aux causes réelles du problème ; mais en réalité, en s’en prenant aux victimes condamnées à se disperser dans la peur, cette politique ne fait que le déplacer et l’aggraver. Cette « solution » n’en est pas une", écrivent-ils, pas plus que ne l'était "en son temps la fermeture du camp de Sangatte".