Alerte sur la culture, menacée par les coupes budgétaires en région

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/12/2014 à 13H37
L'Opéra de Montpellier, place de la Comédie

L'Opéra de Montpellier, place de la Comédie

© Guillaume BONNEFONT/IP3

Appel solennel des artistes, manifestation vendredi sous les fenêtres du ministère de la Culture, coupes budgétaires de Grenoble à Caen en passant par Avignon et Montpellier : l'angoisse monte dans le monde culturel.

Les collectivités locales, qui assurent les deux tiers du financement de la culture, se débattent face à la baisse des dotations versées par l'Etat (11 milliards sur trois ans) et traquent les économies.

A Grenoble, la municipalité a annoncé la suppression de sa subvention aux Musiciens du Louvre, à Caen la ville remet en cause sa convention avec les Arts Florissants de William Christie, en résidence depuis 25 ans. En Lorraine, le Centre Pompidou-Metz, ouvert en 2010, rabote son budget après la baisse de 4 à 3 millions de la subvention de la Région. A Montpellier, un plan d'austérité prévoit le départ de 25 salariés de l'Opéra en 2015, selon l'Union nationale des syndicats d'artistes musiciens. L'Orchestre d'Avignon fait aussi face à des baisses de subventions (ville, région). La Ville de Bordeaux, "face à une réduction des dotations de l'Etat de 13 millions d'euros", a baissé la dotation de l'Opéra de près d'un million d'euros et réduit de 3% sa subvention aux enseignements artistiques et culturels.

Le Conseil régional d'Aquitaine a maintenu pour 2015 un budget à la culture équivalent à celui de 2014. Cette enveloppe ne prend pas en compte les dépenses prévues pour la construction d'une salle de spectacle dans l'agglomération bordelaise, courant 2017. Le Festival d'Avignon joue la montre : confronté au gel de 8% des crédits d'intervention du ministère de la Culture, il a dû présenter un budget rogné d'autant et envisage de réduire sa programmation. Les crédits sont "dégelés" au printemps mais le festival boucle sa programmation fin février.

Les festivals français "ont peur" , a indiqué à l'AFP Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes et co-président de l'association Deconcert qui regroupe une trentaine de festivals de musiques actuelles. "Ils sont dans des situations économiques fragiles" et les collectivités "prédisent des années 2016-2017 catastrophiques", dit-il.

Fleur Pellerin assure le maintien du budget de la culture "pour les trois ans à venir"

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, reconnaît "un risque de fragilisation de la création" mais assure que "le maintien du budget de la culture pour les trois ans à venir" permettra d'y faire face. Elle souligne qu'"il y a des villes, comme Rennes, qui ont fait le choix de maintenir leurs crédits d'intervention en 2015" et leur propose "un pacte": "si vous vous engagez sur trois ans, l'Etat s'engagera à vos côtés sur trois ans".

Le Syndeac, qui regroupe les entreprises du secteur culturel, demande des précisions sur ce "pacte". Le syndicat craint un "effritement" du tissu artistique construit depuis 70 ans grâce à la décentralisation. Sa présidente, Madeleine Louarn, remarque que "beaucoup d'élus d'une nouvelle génération s'intéressent peu à la culture et la voient comme un divertissement, un pansement social, ou un élément d'attractivité plus ou moins commerciale". "Ils n'hésitent plus à intervenir dans les programmations, relayant parfois les populismes les plus rances, croyant répondre aux supposées demandes du public", s'indigne-t-elle. 

Alternance politique et baisse de budget

Dans plusieurs villes, l'alternance politique a conduit des élus fraîchement arrivés aux commandes à baisser les budgets culturels, voire à retirer leur confiance aux équipes qui géraient les lieux de spectacle. A Romans, dans la Drôme, la maire Divers droite Marie-Hélène Thoraval, élue en mars 2014 après 37 ans de règne socialiste, a supprimé 40% des aides aux MJC et maisons de quartier. Au Blanc-Mesnil, le nouveau maire UMP Thierry Meignen qui a ravi ce bastion communiste, a supprimé la subvention de la ville au théâtre le Forum, dont la programmation était jugée "trop  Avignon" et "élitiste". La salle a perdu son conventionnement avec l'Etat, lié au financement croisé avec la ville, et va devenir une salle municipale.

Mobilisation parisienne des professionnels du spectacle
Entre 150 et 200 professionnels du spectacle ont défilé vendredi jusqu'au ministère de la Culture, à Paris, pour défendre une politique culturelle "ambitieuse", alors que les conclusions de la concertation sur le régime des intermittents sont attendues courant janvier. Beaucoup moins nombreux que lors de la manifestation parisienne du 1er octobre, les manifestants, répondant à l'appel de la CGT Spectacle, ont défilé pour obtenir des éclaircissements sur le contenu du futur projet de loi sur la culture attendu pour le premier trimestre 2015, sur les conclusions de la concertation sur les intermittents menée depuis l'été et sur les moyens alloués à la culture. "Toute la politique culturelle est actuellement très malmenée", a déclaré à l'AFP Denys Fouqueray, représentant de la CGT Spectacle, en citant les baisses de subventions allouées des collectivités territoriales pour la culture en régions.
La future loi sur la création culturelle doit être l'occasion, estime-t-il, de "redonner des moyens aux scènes conventionnées, tous ces endroits où l'Etat confie des missions et finance". Concernant la concertation sur les intermittents, la CGT Spectacle se félicite qu'elle ait permis de montrer que "les propositions que nous faisons ne sont pas irréalistes" financièrement.

Attendues pour la fin de l'année, les conclusions de la mission chargée de remettre à plat le régime des intermittents ne devraient être rendues qu'en janvier, indique-t-on à Matignon, qui précise qu'aucun "arbitrage" n'a été rendu à ce stade sur ce sujet épineux, pris en main par Manuel Valls avant l'été face à la fronde des professionnels du spectacle.