Couleur, motif, trompe-l'oeil, les Arts décoratifs exposent leurs papiers peints

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/01/2016 à 14H42
L'Eden, papier peint panoramique (détail), Joseph Fuchs, Manufacture Desfossé, 1861

L'Eden, papier peint panoramique (détail), Joseph Fuchs, Manufacture Desfossé, 1861

© Les Arts Décoratifs, Paris / photo Jean Tholance

Le musée des Arts décoratifs, à Paris, conserve une immense collection de plus de 400.000 papiers peints de styles et d'époques variées. Il nous en fait entrevoir la richesse en exposant dans une exposition un échantillon de ses trésors qui "font le mur", du XVIIIe siècle à nos jours (jusqu'au 15 mai).

On a une première impression de fouillis, quand on entre dans l'exposition : dans chacune des six salles, les papiers peints sont juxtaposés, se chevauchant même souvent, semblant parfois se cacher les uns derrière les autres. C'est un parti-pris de mélanger des œuvres d'époques différentes, même si des styles se dégagent. Ainsi, tout un mur est consacré aux papiers art nouveau, plein de motifs végétaux aux couleurs douces, d'arbres, de roses et de citrons.
 
Il faut prendre le temps de regarder chaque pièce qui est bien souvent une merveille. Quelle est la nature du papier peint, se sont demandé les organisateurs de l'exposition, qui ont cherché les plus représentatifs dans ce qui est la plus grande collection du monde. Le papier peint, "c'est la combinaison d'une matière, d'un dessin et de couleurs", répond la commissaire, Véronique de la Hougue, dans l'introduction du catalogue. Servant à décorer les habitations, "il réfléchit les goûts et les tendances d'un moment donné".

Reportage P. Sorgues / V. Delahautemaison / S. Wislin


Embellir les murs et faire rêver

Le papier peint est apparu en Occident en même temps que les premières gravures auxquelles il a emprunté les techniques d'impression. D'abord décor partiel, il est devenu parure totale, ce qui a fait évoluer la technique de ce qui n'est pas, littéralement, un "papier peint" mais un papier imprimé.
 
Quelle est la fonction d'un papier peint, peut-on aussi se demander. La fonction première est d'embellir les murs, dit l'exposition. Mais il permet aussi de s'évader, de rêver. Qui, enfant, n'a pas imaginé des créatures à partir de motifs contemplés au mur ?
 
Dans la première salle, un étonnant papier contemporain reproduit des squelettes animaux et humains sur fond bleu selon une double symétrie verticale et horizontale. En 1948, des reliefs de repas, arêtes de poisson, pelures d'oranges et demi-citrons flottent sur un fond noir ("Relief de repas"), rappelant les natures mortes classiques.
"Skeleton" - collection The new Domestic landscape, graphiste : Studio Job, imprimeur : Rasch, éditeur : Domestic

"Skeleton" - collection The new Domestic landscape, graphiste : Studio Job, imprimeur : Rasch, éditeur : Domestic

© Les Arts Décoratifs, Paris / photo Jean Tholance


Le trompe-l'œil anime le mur

Le papier peint peut inventer de nouveaux espaces, mettre le mur en volume, quand des trompe-l'œil le transforment en mur de brique, en lourds plis de rideaux ornés de passementerie, en balcons, en faux voilages de dentelle décorés de roses. Ces décors étaient une spécialité de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle mais très récemment encore, la Maison Marin Margiela produisait un papier montrant une porte.
 
S'il est souvent constitué de motifs qui se répètent, il se fait parfois décor fabuleux de forêt luxuriante peuplé d'animaux merveilleux, comme l'"Eden" dessiné par Joseph Fuchs pour la Manufacture Jules Desfossé en 1861. Des ciels bleus plein de nuages légers appellent à l'évasion, tandis que fleurs et oiseaux sont des motifs récurrents.
"Zèbres", Jean-Charles de Castelbajac, Paris 2009

"Zèbres", Jean-Charles de Castelbajac, Paris 2009

© Les Arts Décoratifs, Paris / photo Jean Tholance


Guirlandes et motifs géométriques

Dans les années 1920-1930, paysages, guirlandes de fleurs et de fruits mais aussi motifs géométriques, de couleurs vives ou métallisées, s'affichent aux murs. L'abstraction se généralise après guerre.
 
Une dernière salle montre des créations plus contemporaines, où motifs décoratifs sobres jouant d'effets de matières et de reflets côtoient des dessins de lignes en noir et blanc, comme les zèbres dessinés par Simon Pillard pour Jean-Charles de Casetelbajac.
"Treillage, volubilis", Edouard Müller, Manufacture Desfossé et Karth, 1869

"Treillage, volubilis", Edouard Müller, Manufacture Desfossé et Karth, 1869

© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance