Les architectes rendent hommage au génie de Niemeyer

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/12/2012 à 15H24
Oscar Niemeyer dans son atelier de Rio surplombant la plage de Cobacabana (juillet 2003)

Oscar Niemeyer dans son atelier de Rio surplombant la plage de Cobacabana (juillet 2003)

© Vanderlei Almeida / AFP

Oscar Niemeyer, qui s’est éteint mercredi à l’âge de 104 ans, était le "Matisse" de l'architecture, a estimé jeudi l’architecte français Jean Nouvel.

"Oscar Niemeyer était le dernier monstre sacré des architectes de la modernité du XXe siècle", avec Frank Lloyd Wright, Mies van der Rohe et Le Corbusier, a déclaré Jean Nouvel, Prix Pritzker (Nobel de l’architecture) 2008.

"Si on veut faire une comparaison avec la peinture, on peut dire que Le Corbusier a été le Picasso et Oscar Niemeyer  le Matisse" de l'architecture, a-t-il ajouté.

L'esprit d'une époque, pour Jean Nouvel
"Très touché" par la disparition de l'architecte brésilien, Jean Nouvel, né en 1945, a souligné que lorsqu'il était étudiant, "Niemeyer était l'un des maîtres absolus du moment". "Tout le monde parlait de sa relation avec Le Corbusier", ajoute-t-il.

"Niemeyer partait d'un geste le plus simple, d'un dessin élémentaire qui devenait par le changement d'échelle quelque chose d'inimaginable", a souligné Jean Nouvel. "Il représentait directement l'esprit d'une époque, celle des années 1950-1970. Son oeuvre est clairement datée, comme celle de tous les grands architectes", a-t-il ajouté.

Oscar Niemeyer à Brasilia en 1960

Oscar Niemeyer à Brasilia en 1960

© Distrito Federal / AFP
Interrogé sur l'influence éventuelle de Niemeyer  sur son propre travail,  Jean Nouvel a répondu: "Je cherche toujours le rapport simplicité/complexité.  Niemeyer est totalement dans le sujet."

Francis Rambert : l'angle droit ne l'intéressait pas
Pour Francis Rambert, directeur de l’Institut français de l’architecture à Paris, Niemeyer est "une des grandes figures de l’architecture du XXe siècle, avec Frank Lloyd Wright, Mies van der Rohe et Le Corbusier notamment".

L'angle droit ne l'attirait pas, pas plus que "la ligne droite, dure, inflexible, inventée par l'homme", selon lui. Un point de litige avec Le Corbusier, avec lequel il avait travaillé dans sa jeunesse et dont il avait reconnu l'influence sur lui.

"Au sein des modernes, Niemeyer  est assez atypique. Son architecture n'est  pas savante mais très intuitive", relève l'architecte français Jacques Ripault.

"Il dessinait rapidement à partir du paysage, esquissait une silhouette. Et le projet devait se plier à ce dessin", ajoute l'architecte qui a construit  notamment le musée d'art contemporain Mac/Val, en région parisienne.

Un génie, pour Elizabeth de Portzamparc
L'excellence des ingénieurs brésiliens qui entouraient Niemeyer permettait  au bâtiment de béton de prendre la forme voulue par le maître. Une prouesse technique à l'époque.

Pour l'architecte Elizabeth de Portzamparc, Niemeyer était un "génie". Née au Brésil, elle confie une affection particulière pour son compatriote. "Dans ma petite enfance, mon père nous emmenait, ma soeur et moi, voir le nouveau quartier de Pampulha, à Belo Horizonte, réalisé par Oscar Niemeyer au début des  années 1940. Il nous faisait aussi visiter Brasilia. C'était magique".

A ses yeux, "le trait de génie de Niemeyer a été de toujours rechercher l'allègement".

Pas un théoricien de l'architecture
Son époux, Christian de Portzamparc (prix Pritzker 1994) a expliqué que sa vocation d'architecte s'était éveillée à la lecture de magazines sur l'inauguration de Brasilia. "On peut dire qu'il y a presque une filiation, un hommage à l'architecture brésilienne" dans son travail, souligne Elizabeth de Portzamparc.

Rem Koolhaas (prix Pritzker 2000) "a raconté comment il avait été ébloui par Oscar Niemeyer ", ajoute-t-elle.

Pour Zaha Hadid (prix Pritzker 2004) "Niemeyer est un dieu", assure Francis Rambert , qui repère une influence évidente "dans la fluidité des formes".

Pour autant, le Brésilien "n'était pas un théoricien de l'architecture contrairement à Le Corbusier", relève-t-il. "Il n'a pas fait école mais il a fait rêver", considère le directeur de l'IFA. "Il a montré qu'on pouvait faire autrement", ajoute-t-il.