La mort de Claude Parent, architecte et théoricien de la "fonction oblique"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/02/2016 à 18H23
Claude Parent à son bureau parisien en décembre 2009

Claude Parent à son bureau parisien en décembre 2009

© Capman / Sipa

L'architecte et théoricien de l'architecture Claude Parent, qui a notamment travaillé sur des centrales nucléaires, comme celle de Cattenom, est décédé samedi à l'âge de 93 ans, a-t-on appris dimanche auprès de sa famille.

Claude Parent avait conceptualisé avec le philosophe Paul Virilio la "fonction oblique" : "des espaces enchaînés par des rampes qui obligent le corps à être dans une dynamique plus forte", selon l'architecte Jean Nouvel qui fut son disciple.

Parmi les projets représentatifs de ce concept de "fonction oblique", figurent l'église Sainte-Bernadette à Nevers (1963-1966), le complexe culturel de Charleville (1965), les centres commerciaux de Reims-Tinqueux (1969) et de Sens (1970).

"Parent est utopique, il a le culte de l'avenir, du mouvement", a déclaré récemment Jean Nouvel à l'AFP, à l'occasion d'une exposition conjointe des deux architectes.

Claude Parent s'est éteint au lendemain de son anniversaire à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, où il était né en 1923, a précisé sa famille. Après des études de mathématiques, il a fréquenté pendant dix ans l'atelier de Noël Le Maresquier aux Beaux-Arts de Toulouse, avant d'effectuer des stages à Paris, dans de nombreux ateliers, notamment ceux de Jean Trouvelot et de Charles Le Corbusier.

Architecte dès 1955

Architecte dès 1955 à Neuilly, membre de l'Académie d'architecture, il conçoit en 1962 (avec André Bloc et les architectes iraniens Foroughi et Ghiai) la Maison de l'Iran à la Cité Universitaire de Paris. De 1964 à 1968, il travaille avec Paul Virilio, avec qui il met au point la théorie de "la fonction oblique".

Ce dessinateur passionné et virtuose réalise ensuite des ensembles commerciaux et socio-culturels (à Sens, Reims, Nevers), des immeubles de bureaux à Lyon, des collèges et lycées à Prague, tout en travaillant dans le domaine de l'architecture nucléaire (centrales de Cattenom et de Chooz).

Claude Parent a également réalisé le Théâtre Silvia Monfort à Paris et l'Hôtel de région à Marseille. Ce théoricien qui a peu construit est l'auteur de nombreux ouvrages, dont "Vivre à l'oblique" (1970), "L'Architecture et le nucléaire" (1978), les "Maisons de l'atome" (1983), "Cuits et archicuits" (2003).

Une œuvre maintes fois célébrée

Grand Prix national d'Architecture en 1979, il avait été élu en 2005 membre de l'Académie des Beaux-Arts, dans la section d'Architecture, au fauteuil précédemment occupé par Jean Balladur. L'oeuvre de Claude Parent a été célébrée à plusieurs reprises, notamment à la Cité de l'Architecture (2010) et à la Biennale de Venise (2014) à l'invitation de l'architecte hollandais Rem Koolhaas.

Plus récemment, du 14 janvier à ce dimanche, la galerie Azzedine Alaïa a exposé plusieurs projets de musées non réalisés de Jean Nouvel et de Claude Parent. Ce dernier a revisité pour l'exposition sa proposition pour le concours du Centre Pompidou, sorte de tumulus creux recouvert d'une forêt. Étaient également présentés un musée oblique (1972), une scénographie oblique (2015) et son tout récent et radical "Nouveau Musée".

Azoulay salue "un homme libre et audacieux"

La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a salué en Claude Parent "un homme libre et audacieux", qui a "provoqué le débat, la controverse parfois, l'intérêt toujours". "Remarquable pédagogue, homme de passion rayonnant, il a formé et inspiré quelques-uns des plus grands architectes d'aujourd'hui", souligne-t-elle dans un communiqué.