La maison la plus fine au monde : une résidence pour artistes à Varsovie

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/10/2012 à 15H43
La maison Keret, 14 m2, logée entre deux immeubles à Varsovie.

La maison Keret, 14 m2, logée entre deux immeubles à Varsovie.

© Courtesy of Centrala

Etgar Keret, écrivain et cinéaste israélien, a ouvert vendredi à Varsovie les portes de la maison la plus fine au monde, large de 72 à 122 centimètres, destinée à devenir un lieu de création artistique dans un quartier de la capitale polonaise où se trouvait l'ancien ghetto juif.

Maître de la concision, Etgar Keret, 45 ans, dont les parents étaient juifs polonais, a prêté son nom et son patronnage à cette habitation insolite qui va accueillir des artistes du monde entier souhaitant travailler à Varsovie. "A cause de mes origines, ma mère étant la seule de ma famille à avoir survécu dans le ghetto de Varsovie, c'est une sorte de retour virtuel à la maison. Je suis Israélien, je vis en Israël mais la Maison Keret ici est un pont entre mon présent et le passé de ma famille", a déclaré l'écrivain au pied de l'escalier menant à la trappe d'entrée, juste après avoir visité sa maison pour la première fois.

Conçue comme une cabine de bateau de plaisance, l'habitation mesure 14 m2

Construite sur deux étages, la maison comporte néanmoins un salon, une cuisine, une chambre, une salle d'eau et même un grenier. Elle est dotée de tout l'équipement nécessaire à la vie quotidienne, du réfrigérateur jusqu'au  paillasson. Dessinée par l'architecte polonais Jakub Szczesny, financée par plusieurs fonds publics et privés, l'habitation a été insérée entre deux immeubles, tout près de l'endroit où, pendant la seconde guerre mondiale, une passerelle étroite reliait les parties sud et nord du ghetto de Varsovie.

Maison Keret, vue en coupe

Maison Keret, vue en coupe

© Courtesy of Centrala
"Je craignais de me retrouver dans un endroit sombre et sordide mais c'est plein de lumière", a souligné Etgar Keret dont le père avait connu une cache  exiguë pendant la Seconde guerre mondiale. "Je me vois facilement travailler ici. C'est petit comme moi et comme mes histoires, ça a donc probablement la taille idéale", a dit en souriant l'auteur de "Crise d'asthme", "Un homme sans tête et autres nouvelles", "Fou de cirque"  et "Au pays des mensonges".  Selon le coréalisateur du film "Les Méduses" (Meduzot), Caméra d'Or au  festival de Cannes en 2007, la Pologne a toujours été perçue en Israël dans le  contexte de l'Holocauste. "Maintenant nous sommes en train de créer un présent", s'est-il réjoui. 

A Varsovie on a "ici d'un côté un ancien immeuble juif et de l'autre, un immeuble construit après la guerre pour militaires", a indiqué Jakub Szczesny "J'ai voulu y glisser une vie. J'ai cherché quelqu'un qui puisse y fonctionner, un artiste, de préférence un écrivain, un ermite (...) C'est alors que j'ai connu Etgar Keret et il a réagi à ce projet avec enthousiasme", a-t-il  raconté.

Co-fondateur du groupe de recherche architecturale et artistique Centrala à  Varsovie, Jakub Szczesny a fait ses études d'architecture à Varsovie, Paris et Barcelone. Il a réalisé depuis de nombreux projets en Pologne, en Israël et sur le territoire d'Autonomie palestinienne.

Sur les lieux du Ghetto

Un an après avoir envahi la Pologne le 1er septembre 1939, l'occupant allemand avait créé en octobre 1940 au coeur de Varsovie un quartier spécial d'à peine 3 kilomètres carrés pour y enfermer près d'un demi-million de juifs. Les habitants de ce ghetto, le plus important de tous ceux de la seconde guerre mondiale, ont été quasiment tous anéantis par la faim et les maladies, ou déportés massivement dans des camps de la mort. Le quartier a été rasé par les nazis lors de l'insurrection du ghetto en avril 1943.