La 14e Biennale de Venise épingle les errements de l'Italie

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/06/2014 à 12H10
L'exposition Monditalia à la Biennale de Venise, le 5 juin 2014

L'exposition Monditalia à la Biennale de Venise, le 5 juin 2014

© Vincenzo Pinto / AFP

La Biennale d'architecture de Venise, ouverte samedi, dresse dans l'une de ses trois expositions-phares un portrait cruel d'une Italie symbole d'une modernisation chaotique, proposant un voyage parmi les sites mal entretenus ou inutiles construits pendant sa phase de modernisation.

La Biennale 2014 a pour thématique "Fundamentals" (fondamentaux). Elle se penche sur la façon dont l'architecture a "absorbé la modernité" et a dû adopter, en un siècle, un langage universel mondialisé au détriment des "caractéristiques nationales". À la demande du curateur, 19 pays doivent enquêter sur l'effacement de ces "caractéristiques nationales" au profit d'un langage global.

Lion d'or à la Corée pour l'oeuvre de Cho Min-Suk "Crow'e Eye View: the Korean Peninsula"
La XIVème Biennale d'architecture a récompensé, samedi soir, la Corée du Sud pour une oeuvre originale de comparaison entre architectures des deux Corées, divisées depuis le conflit de 1050/53. L'exposition, qui a obtenu le Lion d'or, s'intitule "Crow'e Eye View: the Korean Peninsula" et est l'oeuvre de Cho Min-Suk. Il explore à l'aide de nombreux supports la manière dont les deux régimes communiste et capitaliste ont élaboré leurs plans urbains après la guerre. L'impossibilité d'obtenir une participation de la Corée du Nord a conduit Cho Min-Suk à collecter des peintures, photographies et posters de propagande, via hommes d'affaires et architectes occidentaux. 
Une présentation officielle de la Biennale (en anglais et en italien) - 6 mai 2014
Un scandale en toile de fond
Ironie du sort, la Mostra d'architecture, le "must" mondial du secteur, a lieu à Venise, secouée par un scandale autour des grands travaux du système de digues Moïse, impliquant jusqu'au maire de la Sérénissime Giorgio Orsoni.

"Monditalia", ou les errements architecturaux de l'Italie
L'une de ses expositions, "Monditalia", a été montée à l'initiative du directeur de la Biennale, le Hollandais Rem Koolhaas, pour stigmatiser les contradictions de l'architecture contemporaine en partant du cas emblématique de l'Italie. Comme un médecin qui examinerait une plaie ouverte, il propose un parcours dans les immenses salles de l'arsenal, l'ancien chantier naval de Venise. Un périple du nord au sud de l'Italie, pour montrer les sites en proie à la gabegie et les cathédrales dans le désert.

L'exposition est le résultat de deux ans de préparation d'une équipe de 180 personnes dont des étudiants de Harvard et de l'atelier de Rotterdam de Koolhaas qui devait inaugurer la Biennale samedi en l'absence du maire... Celui-ci a été placé en détention aux côtés de 34 autres personnes dont des hommes politiques et entrepreneurs dans une affaire de corruption et blanchiment d'argent autour du chantier Moïse, devant sauver Venise  des marées.
Le pavillon "Monditalia" à la Biennale de Venise (5 juin 2014)

Le pavillon "Monditalia" à la Biennale de Venise (5 juin 2014)

© Vincenzo Pinto / AFP
Rem Koolhas a donc choisi l'Italie comme symbole de beauté et de richesse du patrimoine artistique, mais aussi comme pays de contradictions et d'avidité.

"Monditalia" voyage du site antique de Pompéï, victime, faute d'un entretien suffisant, de nombreux effondrements, jusqu'à l'île de la Maddalena en Sardaigne où fut construit un magnifique centre de congrès pour y organiser un G8, jamais utilisé... D'autres clichés montrent des villas de boss mafieux ou les complexes résidentiels bâtis par l'ex-chef de gouvernement Silvio Berlusconi à la périphérie de Milan.

L'histoire toute récente de l'Italie est aussi illustrée à travers 80 films, sélectionnés par Alberto Barbera, le patron du Festival de cinéma de Venise. Pendant six mois, jusqu'au 23 novembre, la Mostra d'architecture - à laquelle participent 65 pays (dont 11 pour la première fois) - accueillera de nombreux débats et conférences. Elle incorpore pour la première fois des secteurs artistiques comme la danse, le cinéma, le théâtre et la musique.
Le pavillon du kosovo à la Biennale de Venise (5 juin 2014)

Le pavillon du kosovo à la Biennale de Venise (5 juin 2014)

© Vincenzo Pinto / AFP
Outre "Monditalia", la Biennale propose deux autres gros événements, "Elements of Architecture" et "Absorbing Modernity 1914-2014". "J'ai suggéré qu'il serait intéressant d'observer les 100 dernières années, de 1914 à 2014, et j'ai décidé de donner ce titre à ce thème : 'absorber la modernité'. En un sens, ce titre est une vraie provocation", a expliqué jeudi à la presse Rem Koolhas, l'"archi-star" détenteur du prestigieux Prix Pritzker 2000, qualifiant l'édition 2014 de "biennale de recherche".

Chili : un simple mur de béton chargé d'histoire
"La modernité est un processus douloureux, certains pays ont été obligés de se moderniser à vitesse accélérée", souligne Rem Koolhaas en évoquant les pavillons nationaux du Japon, de la Russie, de la Corée du sud ou du Chili. Placé au centre d'une des grandes salles de l'Arsenal, un simple mur de béton armé symbolise justement les blessures infligées au Chili par l'histoire récente.

Ce mur fut réalisé pour l'entrée d'une usine donnée dans les années 70 par l'URSS au gouvernement socialiste de Salvador Allende pour construire des logements sociaux. Mais la dictature d'Augusto Pinochet se l'appropria peu après, ordonnant de recouvrir la signature d'Allende avec du ciment frais. Le pavillon chilien, l'un des "plus intenses de la Biennale" selon le journal local Gazzetino de Venise, rappelle à travers des photos comment la dictature transforma le mur en une sorte d'autel décoré en son milieu d'une vierge et de lampes coloniales.

Le pan de mur "symbolise une vision multiple de différentes controverses et interprétations", explique à l'AFP Hugo Palmarola, curateur du pavillon avec Pedro Alonso. Ce mur des divisions et de l'histoire est fait du même béton qui a permis de construire plus de 170 millions de logements dans le monde entier entre 1945 et 1985.
Le pavillon chinois de la Biennale de Venise (5 juin 2014)

Le pavillon chinois de la Biennale de Venise (5 juin 2014)

© Vincenzo Pinto / AFP
"Les ancêtres des Chinois étaient écologistes"
Dans le pavillon chinois, les modules de construction en matériau recyclé à partir de boîtes de lait racontent un pays qui regarde vers l'avenir en s'inspirant du passé. "Les ancêtres des Chinois étaient écologistes, ils se basaient sur les lois de la nature tout en conservant des liens avec la civilisation. Nous voulons parler de ces valeurs fondamentales", explique Jian Lun, commissaire du pavillon.

La Chine a prévu de participer à l'Exposition universelle Expo 2015 à Milan en se penchant particulièrement sur la question du développement durable.