Architecte visionnaire, Vincent Callebaut invente la ville de demain

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/01/2014 à 16H43
Lilypad, le projet de cité nénuphar de Vincent Callebaut

Lilypad, le projet de cité nénuphar de Vincent Callebaut

© Vincent Callebaut Architectures

Vincent Callebaut est un jeune architecte aussi ambitieux que visionnaire. Il pratique "l'archibiotique", une discipline qui veut de façon transdisciplinaire "réinventer les modes de vie de demain". Inspirés par les formes de la nature, ses bâtiments spectaculaires et organiques semblent tout droit sortis d'une BD de SF. Alors que l'Europe tarde à le prendre au sérieux, l'Asie lui tend les bras.

Dragonfly, un projet de fermes verticales à Manhattan
Sortir de chez soi en croquant une pomme du verger collectif du 4e étage, et gagner son bureau, plus haut dans la tour. Croiser l'éleveur venu nourrir ses vaches. Penser à amener les enfants voir la rizière du 1er. Regarder dehors, et contempler New York à ses pieds. 
 
Non, vous n'êtes pas dans un film de Science fiction. Ce projet futuriste baptisé "Dragonfly", le Belge Vincent Callebaut y a consacré des centaines d'heures, la nuit dans sa cuisine, après son travail dans les agences d'architecture parisiennes où il faisait ses armes.
 
"Dragonfly" est un projet de fermes verticales pour repenser l'agriculture du futur au coeur de la cité. Cet immeuble de 575 mètres de haut en forme d'aile de libellule, est composé de deux tours reliées entre elles par une grande serre bioclimatique.

Superposés en étages, des jardins potagers suspendus et des champs où les citadins pourraient venir cultiver leurs tomates et leurs patates. En bas, des fermes et des bassins de viviculture. Un édifice autosuffisant énergétiquement, avec son bouclier solaire et ses éoliennes. Et qui prévoit également un marché flottant sur l'East River pour écouler la production locale.
Le projet "Dragonfly" deVincent Callebaut


Une cité intelligente pour mieux vivre et nourrir les milliards de Terriens
Au départ, ses projets faisaient sourire. "On s'est foutu de moi. On disait: +toi, tu fais de la science fiction, t'as qu'à faire de la BD+". Aujourd'hui, une dizaine de personnes travaillent dans son agence du 6e arrondissement de Paris, fondée en 2008. "Quand j'ai commencé, on m'a dit qu'un +jeune architecte+ en France, c'est 45, 50 ans. J'en ai 36. Je suis dans les temps...", s'amuse-t-il.

Tout a changé pour lui en 2010. La consécration est venue à l'exposition universelle de Shanghaï. Sept pavillons, dont celui de la Chine et de l'Allemagne, ont exposé Dragonfly et d'autres de ses projets, comme Lilypad, ville flottante pour réfugiés climatiques en forme de nénuphar géant.

Désormais, l'architecte ne compte plus les invitations, y compris à l'ONU et au Parlement européen, pour venir exposer sa vision de la ville de demain: "dense, verte et connectée". Une cité "intelligente, qui réintègrera l'agriculture, et transformera chaque bâtiment en mini-centrale énergétique auto-suffisante", prédit-il. La solution pour réduire notre empreinte carbone, vivre mieux et nourrir les "80% de la population qui vivra dans les villes en 2050 quand nous serons 9 milliards". 

Vincent Callebaut présente Lilypad, son projet de cité nénuphar pour réfugiés.


L'Asie séduite par ses projets "idéalistes"
Mais les clients se bousculent-ils pour construire Dragonfly ? Non. Ses projets "idéalistes" ont vocation à attirer le regard et montrer la direction. "Notre but, c'est de viser la Lune pour atterrir dans les étoiles. C'est à dire pousser nos client à placer barre le plus haut possible".

Et c'est en Asie que ce discours fait mouche. "Les pays émergents n'ont pas peur de se tromper, et ont les moyens financiers de prendre des risques". Ainsi, un représentant du groupe taïwanais de construction BES lui a dit:  "Je serai le premier à construire l'un de tes bâtiments".
Le projet "Agora Garden" de Vincent Callebaut, en construction à Taipeh (Taïwan)
Une tour en chantier à Taïwan, un projet avancé à Shenzhen (Chine)
En chantier depuis 2012 à Taipeh (Taïwan), la tour Agora Garden sera livrée en 2016. "On y retrouve l'essence de nos concepts prospectifs", explique Vincent Callebaut. Un tour d'habitation de 25 étages torsadée, avec 10.000 m2 de balcons végétalisés "pour réduire le recours à la climatisation", une pergola photovoltaïque de 1.500 m2, ou encore des "lagunes de phyto-épuration pour recycler les eaux grises". 
 
Mais c'est à Shenzhen en Chine qu'un de ses projets fous pourrait voir le jour, à la demande d'un investisseur inspiré par Dragonfly. Asian Cairns est composé de six tours "maraîchères" constituées de "galets" superposés qui "sont chacun un bâtiment à part entière". "Un galet centre commercial et cinéma, un galet crèche, un galet logements, bureaux, musée...".  Et bien sûr, des serres agricoles.
 
Vincent Callebaut a bon espoir d'obtenir un permis de construire pour au moins une tour "pour voir comment ça se passe en chantier, dans le vécu, le développement social" qui s'y opère. "On rabâche trop qu'on est dans des crises multiples et qu'il faut être le plus pragmatique possible pour rentrer dans les coûts".Notre but, "c'est toujours être dans les limites du possible", dit-il. Et c'est à Shanghaï ou Hong Kong qu'il envisage d'ouvrir une seconde agence.